Tais-toi et marche!

Dans la lignée des artistes comme Richard Long ou Francis Alys, qui utilisent la marche dans leur processus artistique, laissez-moi vous présenter l’artiste anglais Hamish Fulton. Ce dernier exposera à partir du 15 mai 2010 à la galerie Patricia Dorfmann (61, rue de la Verrerie, dans le 4e arrondissement, à Paris). Il y présentera son travail intitulé Walking to Paris. Hamish Fulton s’intéresse exclusivement aux expériences liées à la marche à pied. Ses marches artistiques («artistics works»), il les vit comme des performances solitaires. L’exemple suivant décrit le contenu et les limites de son travail artistique:

«Mon travail concerne l’expérience de la marche à pied. L’œuvre d’art encadrée concerne un état d’esprit; elle ne peut pas représenter l’expérience de la marche à pied. La marche a une vie propre, elle ne demande pas à être transformée en art. Je suis artiste et je préfère réaliser mes œuvres à partir de réelles expériences vécues.»

En tant qu’artiste ambulant, Fulton n’intervient pas dans la nature. Il ne cherche pas à modifier l’environnement ou à y apposer son empreinte (comme pourraient le faire des artistes issus du mouvement Land art) mais tente simplement, par la photographie, de rendre compte de son expérience du moment. Par ailleurs, ses photographies ne documentent pas les régions, souvent isolées et recluses, qu’il arpente en empruntant, entre autres, un chemin de pèlerinage près de Kent, les sentiers de nazca au Pérou ou encore des routes et des chemins en Ecosse ou en haute montagne au Tibet et au Népal. Au final ses photographies sont assez rebutantes, mais elles reflètent parfaitement le caractère inhospitalier des régions qu’il traverse. De plus, il n’y a que très peu de narration. En effet, ses photos montrent, pour la plupart, des routes et des chemins déserts qui, dénués d’un véritable point de fuite, mènent pourtant en profondeur. Pour Hamish Fulton, la marche ne constitue pas seulement un moyen de se connaître soi-même: c’est une forme artistique à part entière et, de ce fait, une constante dans son travail.Il nous détaille son processus artistique:

«L’œuvre d’art ne peut pas représenter l’expérience de la marche à pied, les influences doivent circuler de la nature vers moi et non l’inverse. Je ne procède pas à des réarrangements directs, je ne procède pas non plus en enlevant, en vendant sans le ramener un quelconque objet, je n’utilise pas de machines bruyantes pour creuser dans la nature, emporter ou découper des morceaux. Toutes mes œuvres sont faites à partir de matériaux que l’on trouve dans le commerce (cadres en bois et produits chimiques pour la photographie). Je n’utilise pas d’objets trouvés dans la nature tels que des os d’animaux ou des pierres de rivière. La différence des approches a une signification symbolique, non écologique.»

Pour son œuvre intitulée The Pilgrims’ way , il utilise une prise de vue d’un chemin forestier bordé d’arbres majestueux et à moitié couvert de racines et de buissons. Cette photographie est mise en relation avec des informations sur le déroulement de la marche. La photographie et le texte, écrit avec une typographie sobre, ont été montés sur un carton blanc, puis insérés dans un simple cadre brun. C’est certainement le contexte de l’exposition qui explique et nécessite cette confrontation entre texte et photographie. Néanmoins, cette comparaison révèle l’inadéquation entre narration et image au vu de l’expérience physique et spirituelle de la marche à pied.

http://www.hamish-fulton.com

Elsa.D