Les Editions Particules, à propos du numéro 27.

Le journal Particules, édité par Monografik éditions, a vu le jour avec son premier numéro en octobre 2003. En sous titre, on peut lire «petites réflexions sur l’art actuel» ce qui nous informe sur le contenu du canard au titre à consonance scientifique. Particules est distribué gratuitement dans les galeries et les centres d’art, et consultable en ligne aux adresses suivantes : http://journalparticules.free.fr/ pour le dernier numéro et http://www.editions-particules.fr/accueil.htm pour accéder aux archives.
En sept ans d’existence, la conception graphique a subi quelques évolutions. On remarque l’apparition de la couleur, pour les reproductions d’œuvres, au numéro 15 sorti en juin 2006, les publications précédentes étant imprimées uniquement en noir et blanc, très certainement à cause des contraintes financières. Ce que l’on ressent du moins face au bimestriel (qui devient un trimestriel au numéro 25, juin 2009), c’est une volonté de sobriété favorisant le texte à l’image, qui pourtant reste nécessaire lorsque l’on parle des arts plastiques.  Loin de certains magazines traitant eux aussi des problématiques de l’art contemporain, Particules dans le choix de sa mise en page rappelle plus les quotidiens d’informations.
Aujourd’hui parvenu à la parution du numéro 27, on peut se demander de quoi le journal est il fait. Prenons le dernier paru, page par page. En couverture, on peut voir une photographie de Théo Mercier, Girls in grass, représentant des bottes de paille pourvues d’yeux, sous laquelle on trouve le sommaire, l’ours et l’éditorial. Celui-ci, intitulé « des affaires de choix » traite de la non prise de risques des institutions dans le choix des artistes exposés lors des manifestations. Prenant comme exemple Christian Boltanski qui sera le prochain représentant de la France à la Biennale de Venise. L’auteur de l’article, Gael Charbau, accuse les lois du marché qui ne facilitent pas la reconnaissance internationale des artistes français. Suit en deuxième et troisième page un entretien échauffé entre Guillaume Leingre et le peintre conceptuel Mel Bochner sur l’opacité du langage: «Ces postulats camouflent (intentionnellement) le véritable problème qui est celui des idéologies que dissimule le langage. Tous les abus de pouvoir commencent par un abus de langage (et vous ne direz sûrement pas que le langage amoureux n’est pas lui-même rempli d’exagération, de duplicité et d’aveuglement)». En page quatre, dans la rubrique Livres, Nicolas Bouyssi s’attarde sur les écrits de l’écrivain américain David Foster Wallace qui s’interroge sur la notion de postmodernisme en littérature à l’heure de sa récupération par le média télévisuel.  En continuant à feuilleter le journal, on trouve successivement une analyse de l’ouvrage d’Erik Bullot Renversements 1, notes sur le cinéma, un papier sur les arts sonores, puis de nombreux entretiens avec des acteurs de l’art contemporain,  des réflexions sur la biennale d’Istanbul et celle (alternative) de Paris, et pour finir un dossier sur l’artiste Bruno Munari et le design. Les dernières pages, une petite dizaine, sont réservées aux encarts publicitaires, expositions et appels à projet des centres et écoles d’art en grande partie et de quelques galeries. On tombe sur un petit encadré destiné à ceux (énoncés plus haut) qui souhaiteraient devenir annonceurs et distributeurs pour la somme de 300 euros par an, et sur une proposition d’abonnement pour les particuliers de 20 euros par an. On croit ainsi deviner la provenance du financement de la publication qui rappelons le est distribuée gratuitement.
La rédaction de Particules est composée d’artistes, de théoriciens, de critiques d’art, d’écrivains, ce qui en fait une revue spécialisée, créée par des spécialistes et à destinations de spécialistes. Les parcours universitaires ou institutionnels des auteurs se ressentent dans une écriture qui élève le débat, riche en références et parfois polémique. Même si le néophyte en art contemporain se sent très certainement perdu face au jargon propre à la discipline, l’initiative d’éditer de réelles réflexions non vulgarisées, et de donner la parole aux artistes de l’art actuel semble extrêmement nécessaire.

Charlotte Cardonne