Moment de la scène photographique

Arrest of a spy
C’est une photo faite par un photographe italien en 1904, qui montre un espion japonais pris par les soldats russes pendant la Guerre russo-japonaise. Ce n’est pas la première fois qu’on montre la guerre sous forme de photo. Après avoir utilisé la technique photographique pour décrire la Guerre de Crimée, cette invention la plus importante du
19e siècle est très liée avec la guerre qui profite toujours des résultats des plus récentes recherches scientifiques. (Au cours du conflit, le chemin de fer est pour la première fois utilisé de façon tactique et le télégraphe électrique permet des communications plus rapides y compris avec le pouvoir politique).
En 1885, Eadweard Muybridge avait déjà photographié une série d’images de chevaux courant (voir photo 1), montrant tous leur mouvements, qui nécessitait un équipements photographiques spéciaux,
et ainsi la prévision du parcours du cheval. Mais la guerre n’est jamais prévue.
Ainsi, à travers les photos de la Guerre de Crimée de Roger Fenton, on ne voit qu’une vallée calme et des portraits de soldats. Si l’on veut voir les fameuses et magnifiques scènes de guerre, il faudra faire des recherches dans l’œuvre de Richard Caton Zoodville pour connaître plus directement la Guerre de Crimée. 10 ans plus tard, les œuvres photographiques d’Alexandre Gardner dans le même style que Roger, montrent encore des corps de soldats sur le champ de bataille et le portrait des généraux. Mais, il n’a guère possibilité de montrer le soldat en mouvement ou les mouvements de soldat. À cause des équipements lourds et du long temps de pose, le photographe lui-même ne peut pas bien jouer son rôle. Et capturer l’instantané objectif, l’environnement, tout ce qu’on photographie est limité.
Jusqu’au déclenchement de la Guerre russo-japonaise, la technologie photographique s’est beaucoup développée. Face au public habitué à apprécier la peinture, les photographes ont une grande difficulté à créer des oeuvres populaires pour montrer des mouvements du combat. En comparaison avec la peinture, les photos ne peuvent pas immédiatement atteindre un haut niveau haut jusqu’au début du 20e
siècle, la plupart des illustrations de journaux et de périodiques sont des peintures, comme par exemple des du Petit Journal ( quotidien parisien, édité par Mose Polydore Millaud, qui a paru de 1863 à 1944.) (voir photo 2). À cette époque-là, au Japon, le journal est comme un nouveau média et l’Ukiyoe joue un rôle historique. (voir photo 3) Pendant les trois Guerres de 1894 à 1904 (la première Guerre sino-japonaise, l’Époque des Boxeurs, la Guerre russo-japonaise), les télégrammes et les communiqués de presse sont les moyens d’information sur la guerre. Il était apparu un grand nombre d’œuvres Ukiyoe qui représentent et manifestent plus vivement les scènes de guerre que les photos. Les Ukiyoe étaient diffusés plus rapidement que les photos de presse qui étaient envoyées par mer au Japon vers la fin de la Guerre.

Revenons aux deux photos ci-dessus. Dans la première, la plastique et les gestes de tous les personnages ont été conçus et mis en place par le photographe. Et cette mise en scène provient entièrement de l’imitation du dessin, ce qui fait qu’une photo reproduit le caractère narratif d’une histoire. Ainsi, à travers une seule photo, nous pouvons obtenir toutes les informations que veut transmettre le photographe. La scène qui, à l’origine, doit être démontrée par une série de photos consécutives, est composée artificiellement dans une seule photo. Et par un geste théâtral—un soldat russe saisissant de la main droite un officier japonais qui proteste, on arrive à un point culminant, comme si c’était une scène d’opéra. L’habillement des deux soldats japonais de côté, suggère une scène où ils sont là pour faire de l’espionnage. Et cela constitue une préparation pour l’exécution des espions dans la photo suivante. Nous acceptons plus facilement ce qui nous est présenté comme «vrai» sous forme de photo à la place du dessin. En même temps, il est à noter que le public est longtemps habitué aux scènes de combat présentées dans les dessins, ce qui fait que dans la photographie, on essaie passivement ou consciemment d’imiter l’expression du dessin. Et cette imitation subconsciente se poursuit jusqu’aujourd’hui, et exerce encore des influences. La deuxième photo nous présente la scène de l’exécution des espions. En la comparant avec une photo de l’exécution des soldats allemands durant la 2e Guerre mondiale (voir photo 3), nous y trouvons les écarts. L’officier japonais, qui a protesté dans la première photo, est surveillé, dans la partie supérieure gauche de l’image, et forcé de regarder la fusillade. La main de l’officier russe posée sur l’épaule de l’officier japonais, est susceptible de donner beaucoup d’interprétations, selon l’association d’idée des spectateurs.
Au 19
e siècle, de nombreux photographes sont au départ des peintres, pour cette raison, la photographie est inséparable de la peinture; il est au vu et au su de tout le monde que des peintres renommés emploient des procédés de la photographie pour assister la peinture (par ex. Delacroix, Toulouse-Lautrec). La photographie, utilisée au début comme un procédé auxiliaire de la peinture, est devenue progressivement une expression artistique indépendante, et s’est modelée parmi le public une position particulière dans l’art visionnaire. L’art de la photographie a passé une longue période d’évolution avant la 1ère Guerre mondiale: de l’imitation du style d’expression de la peinture jusqu’à son influence sur celui du dessin. Et c’est à partir de la 1ère Guerre mondiale que le public commence à accepter la réalité, autrement dit à accepter de vraies scènes de la guerre. Et à ce moment-là, la photographie reçoit d’importantes influences d’une autre forme de l’image —le cinéma. On commence à sentir le vrai monde de la guerre dans la dynamique, et après, la photographie est petit à petit devenue indépendante. À travers une série de photos, elle présente au public sa vision singulière sur la guerre, au lieu d’imiter la narration de dessin et de se borner dans un seul cliché de photo comme ce qui est fait dans le passé. Dan la revue L’illustration du 3 juin 1916, nous lisons des scènes plus près du monde réel, sans image épique, ni scène narrative, il n’y a que des instants bien réels. L’art de la photographie a finalement pu présenter au public indépendamment, en utilisant son propre langage particulier d’expression des effets de vision différents de ceux de la peinture.