Testeurs-performeurs de vêtements communicants.

Cindy a déjà expliqué le concept du collectif canadien Experientia Electricae et de leurs vêtements. Je ne reviens donc pas sur leurs recherches, ni sur leurs intentions mais plutôt sur l’expérience, sur notre expérience en tant que testeurs-performeurs de «vêtements communicants». Le temps de l’expérience et de la découverte, le concept de ces vêtements-vivants est intéressant, puis peu à peu, il commence à montrer ses limites et ses failles. En effet, le son que nous produisons en marchant est unique, ne change (malheureusement) pas selon la vitesse ou les mouvements. Les deux capteurs, qui vont détecter les mouvements, sont cousus sur la face interne de jambe du pantalon au niveau des chevilles. Celles-ci doivent clairement s’entrechoquer ou se frotter pour que le processus fonctionne, que LE son puisse être libéré et entendu dans l’encolure du vêtement. Bref, l’intention y est (même si on sent le déjà vu et pas le «franchement innovant») mais la déception, après essayage, est immense.
De plus, comme le soulignait Cindy, aucune trace n’est conservée (ni même créée: pas de vidéo, pas de tracés GPS, pas d’enregistrement de nos sons combinés). Mais alors, que cherche réellement ce collectif, en créant ces vêtements? Tout cela est resté très vague, même pour nous qui cherchions à en savoir plus. Le projet reste à l’état d’embryon et mériterait de tenir compte des réactions des testeurs pour s’améliorer et exister. La vidéo, en ligne sur le site de la galerie, vante l’interaction de ces vêtements, censés réagir par la présence de l’autre. Cette dimension m’a rappelé l’œuvre vestimentaire de Lucie Orta. Cette artiste britannique crée des vêtements pour relier les hommes entre eux. En 1991, année où elle rencontre son mari, elle «abandonne» le stylisme pour se consacrer à une recherche plastique qualifiée d’«architecture corporelle».

Dans son œuvre, intitulée Architectures modulables, présentée en 1996 à la Fondation Cartier, elle réalise des sculptures à partir de fragments vestimentaires et invite des participants à les investir. Ces derniers pouvant évoluer séparément ou se lier aux autres en attachant leur partie d’habitacle à celle des autres et créer ainsi un lien et un lieu communautaire. Ces extensions transforment, cachent, masquent le corps pour chercher un autre langage, pour qu’un dialogue avec l’autre existe. Une fois encore, c’est cette dernière dimension qui manque au collectif canadien. L’interaction entre les différents sons des participants ne fonctionne pas. Le charme de cette expérience est rompu.
Elsa D.