Interview d’Oleg Lyt. Exposition Look Down

J’ai réalisé cette interview auprès d’Oleg Lyt, le 2 Février 2010 à propos de son exposition Look Down. Etant particulièrement intéressée par sa vision toute particulière des plaques d’égout et sa passion qui transparaît au travers de ses nombreuses photographies réalisées dans le monde entier. Son travail s’est étalé sur deux ans et si selon lui, chaque plaque est différente en fonction des pays, c’est certainement le Japon qui l’a le plus marqué. C’est sans doute là que ces plaques ont les couleurs les plus chatoyantes et pourraient presque être assimilées au travail de la bande dessinée…

«Elles se trouvent sous nos pieds, piétinées par les piétons, les machines et sont jonchées d’ordures et de mégots de cigarettes et de crottes de chiens… Elles sont disséminées partout dans le monde de New York à Melbourne, de l’Argentine à la Norvège. Elles sont situées sur les grands boulevards et ruelles à l’abandon, sur les places centrales ou dans des cours sordides, mais se trouvent dans la rue où vous habitez. Il y en a des milliers dans les immenses métropoles et sont là également dans la plus petite ville. Elles sont le reflet d’une civilisation mais très peu de gens leur prêtent attention, parce que pour eux, ce ne sont que de simples trappes d’inspection des égouts! Chaque jour, nous passons sur ces artefacts, vaguement conscients de l’énorme diversité des fonctions de notre civilisation qu’ils représentent. Eau, électricité, égouts, gaz, téléphone, la chaleur:chaque trappe peut raconter son histoire.
Une variété de capsules de métal, de puits d’observation ferment les installations souterraines —une vaste collection d’art industriel. Comme d’habitude, les phénomènes ordinaires de la vie sont omniprésents, mais ignorés. La conception d’un grand nombre d’entre elles méritent l’attention.» Oleg Lyt
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Photos prises à Paris, en bord de Seine

Cette interview m’a poussée à faire davantage de recherches sur le rôle que peut jouer la plaque d’égout dans notre société. Simple objet utilitaire, détournement en objet d’art et pourquoi pas un objet de design industriel que l’on pourrait associer aux nouvelles technologies et notamment la géolocalisation ?
C’est ce que propose le designer Jae Kwon qui offre une alternative à l’utilisation du GPS-navigateur. Son invention ouvre désormais la voie dans les zones peu familières qui peuvent nous aider: les plaques d’égout. Carte-Hole est un nouveau dispositif qui donne aux voyageurs la possibilité de cibler l’aide aux éléments déjà existants du paysage urbain. Il fournit au piéton des informations sur sa localisation, les attractions environnantes et le temps nécessaire pour les atteindre. Ce designer propose de couvrir les regards d’égout avec des couvercles spéciaux comportant des informations. La plaque va pouvoir indiquer les musées à proximité, les restaurants, les parcs, tout ce qui peut intéresser le voyageur. En outre, Jae Kwon propose d’y placer des informations sur les établissements commerciaux et de transférer l’argent gagné par la publicité au budget local. Carte-Hole est certes un concept intéressant, mais son application pratique est difficile à mettre en oeuvre. L’idée de publier des informations sur les regards d’égout s’est déjà manifestée mais le problème est qu’ils sont souvent situés au milieu de la route, au milieu d’une circulation dense. Il est tout simplement dangereux de forcer une personne à s’arrêter au milieu de la rue et de regarder vers le bas pour y trouver les informations que ces plaques peuvent délivrer. Mais, cette idée ingénieuse mérite tout de même une attention toute particulière.


Jae Kwon. Carte-Hole