Renée Green, Ongoing Becomings

Au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Levée à 5 heures 30, je prends mon train en direction de Saint-Lazare à 6 heures 40. L’aller jusqu’à Gare de Lyon est rapide. J’y arrive à 7 heures 30. La voie du train s’affiche, 21. Je me dirige sur le quai et je marche pendant très longtemps, voiture 16… Arrivée à l’intérieur, l’angoisse monte, où sont mes camarades? Où est Mme T. ? Elle arrive quelques minutes plus tard et la pression retombe enfin. Les autres aussi sont arrivés, dans un autre wagon. Le voyage se fait sans encombre, en alternance avec des discussions et un profond sommeil.

On arrive à destination. Je ne connais pas la Suisse et pourtant mon arrière-grand- père était suisse. Deux professeurs et une étudiante nous accueillent à l’arrivée. On a l’impression d’être des V.I.P. Direction Manor, non pas pour faire du shopping mais pour aller casser la croûte ! Sur la bâtiment en face de la gare, divers drapeaux nous accueillent.


Des drapeaux,
16 décembre 2009, © Théodore Cindy

On prend le métro, et ce que j’ai trouvé génial, c’est le fait de ne passer par aucun portique pour accéder au métro. Il n’y a pas de flicage comme en France. Au restaurant Manor, c’est sympa, une façon de consommer que je ne connaissais pas (que de découvertes en Suisse ! ). Avec H. je pars faire un tour pour trouver du chocolat suisse et on en profite pour voir la ville.


Une rue de la ville,
16 décembre 2009, © Théodore Cindy

On finit par se rendre au Musée, pour voir l’exposition, notre but principal quand même.

Salle 1 : On y voit des éléments de bois peints (des alphabets, des mots, des étagères…) qui sont mis en relations avec d’autres éléments comme des pots en verre avec des pigments, ou des livres. Tout y est classifié. La couleur aussi entre en ligne de compte et prend de l’importance. Renée Green s’inspire d’histoire (relatées dans des livres) pour mettre en avant certaines situations absurdes. Par exemple, Lola Leroy :or Shadows Uplifted de Frances Ellen Watkins Harper qui raconte comment la relation entre deux hommes médecins va se dégrader quand l’un des deux va apprendre que l’autre a du sang noir dans les veines. Son œuvre Neutral/Natural (neutre/naturel), m’a fait penser au fait que chaque société, en particulier le monde occidental, impose sa façon de penser aux autres, sans inverser la situation et sans tenter de la comprendre. Il est intéressant de faire cet inversion, pour avoir une autre perception (celle de l’autre). Elle nous invite aussi à prendre part à l’œuvre en nous proposant de monter sur une estrade. Il faut mettre des protège-chaussures puis s’accroupir pour voir ce qu’il y a en bas, dans cette petite ouverture. Nous sommes donc à la fois en train de voir une œuvre et à la fois nous devenons acteur car les autres visiteurs nous regardent monter, regarder sur cette estrade.

Salle 2 :

J’ai décidé de regarder entièrement la première vidéo. Celle-ci dure au moins une heure. Il y a une bande de mots que défile en bas de l’écran. Ça commence par des mots en A …pour aller jusqu’au Z. Elle y fait beaucoup de références : Roald Nasgaard, Vladimir Nabokov…
La musique est présente tout au long de la vidéo, elle est en adéquation avec ce qui est montré. Elle filme des pages de livres, des parcs, elle met des citations. On la voit en train de « jouer » avec des maisons en papier, des maisons ayant comme base des octogones. Ces mêmes formes que l’on retrouve dans ces « cabanes » pour l’installation Wavelinks. Dans chacune de ces « cabanes », on prend un casque pour écouter. Chacune des vidéos interroge une personnalité sur la musique électronique des années 1990, ils sont soit auteur, producteur, ou tout simplement « écouteurs » de cette musique. Cela m’a rappelé une exposition d’Alexander Brandt, que j’avais vu avec Florence à Shanghai. Chaque moniteur montrait un entretien avec une personne différente.


Vue de l’exposition d’Alexander Brandt,© Théodore Cindy, août 2009

Des « drapeaux » étaient placés au plafond, ils étaient tous différents et il y avait un jeu avec les typographies et la couleur.

Salle 3 :

La salle était divisée en deux par la couleur des murs, une partie verte et une partie rouge. Ces couleurs étant des complémentaires, la distinction est très nette. Il y avait comme une sorte de frontière invisible. Dans Commemorative Toile, elle remet en scène le passé colonial de la ville de Nantes. Les tissus imprimés font référence aux tissus produits dans la ville de Nantes pour pouvoir entretenir le commerce d’esclaves. Il faut s’approcher pour voir en détail les scènes représentées. Face à ça, le mur vert est couvert de photographies (sous cadres) collectées lors des voyages de Renée Green. Ce qui lie les deux installations ce sont leurs références aux intérieurs d’époque, ceux des bourgeois lors de l’époque coloniale et celui de Marianne North (galeriste).

Salle 4 :

J’avais très envie de voir cette vidéo, c’est pourquoi, je l’ai visionnée en entier! Malgré le froid de la salle, la vidéo présentée est superbe. Partially Buried Continued, est une vidéo en lien avec son père et la guerre entre le Vietnam et la Corée. Il y a un entretien avec son père qui raconte (un peu) comment était la Corée. Il montre des photographies qu’il a prise là-bas pendant cette période. En tant que spectatrice, j’avais l’impression de partager une sorte de secret. Renée Green a fait cette vidéo car elle fut invitée en Corée et cela a été l’élément déclencheur de ce travail.

Salle 5 : salle orange

Cette salle est « habillée ».Les murs sont peints en orange, des chaises, fauteuils, tables, coussins, des rideaux constituent le décor. Au centre, des postes de télévisions racontent plusieurs événements qui se sont passés aux USA, dans les universités. Undergroung (1976) est une vidéo qui n’est pas de Renée Green. La vidéo reprend des images des manifestations étudiantes aux USA. Super 8 Footage, (1996), reprend des films en noir et blanc qu’elle projette sur un écran qu’elle refilme ensuite. Là encore, il y a eu un événement déclencheur pour ce travail. A l’université de Kent State elle organisa un workshop. Sa mère y travailla, Robert Smithson y réalisa une œuvre, la garde nationale tira sur des étudiants qui manifestaient… Elle mélange l’histoire du monde avec sa propre histoire.

salle bleue :

On peut dire que cette partie se consacre à la mémoire, au souvenir. Comment ne pas oublier ? Elle s’est inspirée d’Elvira Notari qui avait une société de production à Naples et qui produisit une soixantaine de films et une centaine de documentaires. Ce qui est assez surprenant, c’est que seuls trois films ont « survécu ». Ici, elle a fait tirer des photographies issues de ces films.

Salle 6 :

Dans une « cabane », un film était projeté. Il fallait soit s’asseoir (ou s’allonger ) par terre ou soit s’asseoir dans des sortes de compartiments.

Salle 7 :

Tout autour de la salle, des photographies. Celles-ci retracent son parcours lorsqu’elle occupa un appartement de Le Corbusier pour un projet. C’était une sorte de méditation. Elle établit une relation avec l’environnement, avec les gens. Ceci n’est pas une autobiographie, et cela est souligné par la narration à la troisième personne.

Salle 8/9/10 :

Des morceaux de verres sont suspendus dans le vide, des écouteurs sont branchés dessus. Comme ceux de Lalya Gaye. Il faut s’approcher du verre pour entendre les sons : des vagues, des sirènes de bateaux. Des cartes sont accrochées aux murs. Les îles, l’exotisme ont souvent été propices pour la littérature mais aussi dans les rêves des hommes. J’ai pensé à Robinson Crusoé. Au fond de la salle, une vidéo Endless Dreams and Water Between. Quatre femmes échangent des propos. Elles ont un prénom, une histoire, et même si c’est une fiction, cela rend « réel » ces personnages. Toutes ces femmes semblent être un bout de l’artiste Renée Green.

Quelle très belle surprise lorsque nous sommes sorties du musée ! un éclairage et une étoile (qui bougeait sur la façade) se donnaient en spectacle.


Un soir, devant le musée,
16 décembre 2009, © Théodore Cindy

cindy théodore