Le Laocoon

De nombreux théoriciens l’ont interprété en prenant des prises de positions théoriques. Beaucoup de débats esthétiques ont eu lieu autour de cette œuvre : Qu’est-ce que le beau ? Comment exprime-t-on des passions ? des sentiments ? Quel est le rôle du sculpteur ? Quel est le moment mythologique interprété ?

Les personnages constituant cette sculpture sont  Laocoon (qui est un prêtre) et ses deux fils. Laocoon s’oppose à ce que le cheval entre dans Troie. Il s’enfuit avec ses fils et, arrivés près de la mer, ils se font attaquer par des serpents qui les tueront après une lutte. Cette sculpture reprend le moment où les trois personnages se font attaquer par les serpents. L’aîné est à droite et il n’est pas sur le socle. Le cadet est sur la gauche et est sur le socle. Il y a une disproportion entre le père et ses fils. Le père est : grand, fort tandis que ses fils sont petits, peu musclés, peu imposant. La personne centrale est bien Laocoon.  Les serpents lient les trois personnages, ils permettent de fonder le groupe.

Cette statue a été faite au I° siècle avant J-C par des sculpteurs Rhodiens : Hagésandre, Appolodore et Athénodore de Rhodes. Est- ce une copie d’une œuvre grecque ? une invention ? Il semblerait que ce soit une copie car il y a des écrits qui datent du III° et du VI° siècle avant J-C qui décrivent le Laocoon.

WINCKELMANN dans Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture (1755) donnent les bases des considérations artistiques de l’époque : noble simplicité et grandeur tranquille. Winckelmann ne connaissait qu’une partie restreinte de l’art antique. En effet, il ne connaissait que les œuvres hellénistiques ( III° et I° siècle avant J-C) et non les classiques ( IV°-V° siècle avant J-C ). Il est le premier à établir une histoire systématique de l’art grec. Il va distinguer des types et des styles. Il met en jeu des critères esthétiques et politique puisqu’il dit que c’est le bonheur et la liberté qui régnait sur la Grèce Antique qui a permis le progrès des arts de cette époque.C’est un texte paradigmatique qui représente la vision du XVIII° siècle. Selon lui, il faut observer l’art grec. Pour Dürer et Léonard DE VINCI il faut imiter la nature et établir un idéal de beauté par rapport à la nature. A la Renaissance (XV° siècle), des traités seront consacrés aux études des proportions humaines. Avec Winckelmann, on est au XVIII° siècle et il inverse le dogme d’Alberti et de Léonard de Vinci en disant qu’il faut observer l’art grec et regarder la nature en fonction de l’art grec. Ce n’est pas le réel qu’il faut imiter mais c’est l’idéal qu’il faut produire. Il établit le beau idéal sur le modèle des statues grecques et sur l’époque classique qu’il caractérise par deux termes : noble simplicité et grandeur tranquille. Cela définit le beau idéal. Ce sont des idées nouvelles qui fondent une nouvelle esthétiques au milieu du XVIII° siècle.

Au XIX° siècle, l’art est remis en question. L’idée du progrès sera un point de débat important.

Pour l’art grec il y avait des lois à respecter, il fallait imiter le réel, la nature sans l’idéaliser. WINCKELMANN considère que les Grecs avaient une nature plus parfaite face à eux que ceux du XIX° siècle.

Il explique qu’il existe deux sortes de beauté : la beauté sensible qui a été emprunté a la nature et la beauté idéale qui est caractérisée par des traits sublimes. Chez Winckelmann il y a une connotation mélancolique de la beauté qui reviendra chez les poètes Romantiques. Ses écrits auront une influence considérable en Europe. Toutes les idées sur l’art grec trouvent leurs bases dans le texte de Winckelmann.

Au XIX° siècle, HEGEL et NIETZSCHE reprennent ses théories. LESSING et DIDEROT vont polémiquer sur ses textes dès le XVIII°s.

Diderot attaque la double définition de Winckelmann concernant la sculpture grecque. Ce dernier explique que la perfection de la sculpture a précédé celle de la peinture. A ses yeux, les sculpture incarne le beau idéal. Tandis que Diderot exprime que l‘on peut mieux comprendre la peinture et mieux apprendre la connaissance de la peinture et son interprétation.

Au XIX° siècle la querelle de PARAGONA (querelle entre la peinture et la sculpture) re-émerge car elle n’a pas été réglée au XV° siècle.

Lessing dans Laocoon, sur les frontières de la peinture et de la poésie (1760-1764), formule une prise de position contre l’Ut pictura poesis et contre la comparaison des arts. La poésie et la peinture ne sont plus des sœurs ni des arts parallèles mais il faut souligner leurs spécificités et aussi leurs différences. Ce texte vise à délimiter le plus nettement possible ces deux formes d’expressions. Selon lui, la peinture est un art de l’image mais cette image est composées dans l’espace et elle utilise cet espace pour s’exprimer. C’est à l’aide du langage que la poésie peut exprimer des actions qui se déroulent dans le temps. Le récepteur prend connaissance petit à petit de l’événement raconté donc la réception est liée au temps. Pour regarder une peinture il ne faut pas vraiment de temps. Distinctions fondamentale entre l’art de l’espace et l‘art du temps. Il va analyser le Laocoon car pense que c’est une œuvre paradigmatique et le modèle le plus parfait de la beauté et plus particulièrement de la beauté expressive et pathétique.

WINCKELMANN pense que le Laocoon incarne l’expression la plus parfaite de la douleur et que le sculpteur cherchait à représenter la noblesse et la sérénité de la douleur ressentie par le père. Ici, la douleur est dominée par la grandeur de l’âme.

LESSING pense que c’est une tache difficile pour les arts visuels que d’exprimer la douleur car elle détruit la beauté du visage, par conséquent il faudrait représenter quelque chose de laid et non beau.

GOETHE reprend le Laocoon et distingue 3 états différents incarnés par les trois personnages qui correspondent à 3 rôles narratifs différents du récit et qui expriment les 3 temporalités. Chez Goethe on pense à l’esthétique de la réception des œuvres puisqu’il analyse quels sont nos propres sentiments déclenchés par l’œuvre et non les sentiments exprimés par les personnages.

Reprise du Laocoon par EL GRECO, POLAKE, RAUSCHENBER…

HAINLEY. TOWARDS A FUNNER LAOCOON

Dans Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture de WINCKELMANN :

Le Laocoon était pour les artistes de la Rome Antique précisément ce qu’il est pour nous : la règle de Polyclète, le canon de l’art. (PAGE 13)

La douleur du corps et la grandeur d’âme tiennent entres elles balance égale toute l’architecture de la statue du Laocoon. (PAGE 39)

Dans Histoire de l’art dans l’Antiquité de WINCKELMANN :

Dans le Laocoon, le mouvement de ses muscles est poussé à l’extrême du possible, bien au-delà de la vérité, et ils ressemblent à des collines qui se serrent l’une dans l’autre pour exprimer l’extrême contention des forces dans la douleur et la résistance.

Laocoon est une image de la plus vive douleur, agissant ici dans tous les muscles, les nerfs et les veines ; la morsure mortelle fait bouillonner le sang et toutes les parties du corps expriment la douleur et l’effort ce qui permet à l’artiste de faire voir tous les ressorts de la nature tout en montrant l’étendue de sa science et de son art. mais dans la représentation de cette souffrance extrême, c’est aussi l’épreuve subie par l’esprit qui apparaît, celui d’un grand homme qui lutte contre sa détresse et veut contenir et réprimer l’irruption de l’émotion.

Bibliographie:

WINCKELMANN, Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture (1755), édition ALLIA, Italie, août 2005, isbn : 2844851886

LESSING, Laocoon, sur les frontières de la peinture et de la poésie (1760-1764),

Ut pictura poesis, édition Macula, France, 1998, ISBN : 2865890325

WINCKELMANN Histoire de l’art dans l’Antiquité, librairie générale française, 2005, isbn : 225313127X

Virgile, l’Énéide

Pline l’Ancien, Histoire naturelle (XXXVI, 37)

Goethe – Sur le Laocoon (1798)

Cindy Théodore