Et l’homme créa la machine… Métropolis de Fritz Lang

Retour sur Métropolis de Fritz Lang

1927, noir et blanc, muet.

J’avais déjà vu un film de Lang, qui était très dur: M le Maudit. J’avais vu pour la première fois un simple extrait, qui montre le ballon qui s’accroche dans les fils électriques et qui dit tout : la petite fille est morte. Il m’aura fallu quelques années pour voir le film en entier, j’attendais le bon moment. Pour Métropolis, ce fut la même chose. Cela fait des années que je l’avais mais je ne l’avais toujours pas vu. Là ce fut le bon moment.

Des personnes vêtues de noir avancent en cadence, les unes derrières les autres. Une partie entre, et l’autre sort. Les ouvriers qui sortent marchent deux fois moins vite que ceux qui entrent pour aller travailler…sans doute que ce qu’ils font est pénible mais nous n’en savons rien…en tout cas, c’est très étrange. Ces individus sont complètement aliénés.

On comprend qu’il y a deux villes : l’une située au sous-sol et l’autre à la surface, où il fait bon vivre(les jeunes gens habillés de blanc sont des athlètes, et goûtent à la joie du corps dans des jardins peuplés de femmes…). J’ai eu l’impression de voir dans ces hommes habillés de blancs des aryens, une certaine exaltation de l’homme, de l’athlète et, un profond mépris pour les hommes en noir (pour ces autres, ces travailleurs que l’on exploite au maximum).

Le déclic, il a lieu lorsqu’une femme, une icône entre dans le « jardin des plaisirs » accompagnée d’enfants d’ouvriers. Tous les hommes et les femmes de la surface sont choqués par cette intrusion. Ils sont reconduits vers la sortie. Mais, Freder, est transcendé par cette belle femme qui semble tout droit sortie de la bible ! mais qui est-ce ? Il part à sa recherche et cela l’amène au sous –sol. Là, se trouve les rouages de la société qui coule des jours heureux à la surface. On voit des hommes, ou plutôt des êtres, mi-homme, mi-machine. La machine, monstrueuse machine, explose car la cadence de travail est très difficile. Elle fini même par manger les ouvriers et par prendre un visage terrible…Freder est terrifié…mais, ce monstre semblait tout droit sorti de son imagination. Il va à la Tour de Babel, voir son père, le chef de la Cité. La Tour de Babel, quel nom particulier. Cela ne présage rien de bon ! Freder raconte cet événement à son père, ces hommes morts, mais celui-ci reste impassible face son fils, comme si cela ne l’atteignait pas. Son père n’est pas content d’apprendre cela par son fils et fini par renvoyer un homme :son secrétaire Joséphat…décision terrible : cela annonce certes la fin de son emploi mais annonce un nouvel emploi …au sous-sol ! quel revirement de situation ! Le secrétaire, vivant au sommet, se retrouve non mis de côté, mais effacé de la surface de la Cité. Freder est choqué par la décision de son père…ce dernier fini par faire surveiller son fils. Freder redescend au sous-sol, et voit ses hommes se tuer à la tâche. Il prend le relais, échange ces habits avec un ouvrier (qui finira par perdre la tête en ne tenant pas parole et en allant jouer l’argent présent dans les poches des affaires de Freder au jeu, comme s’il était un homme de la surface…il se fera prendre d’ailleurs…on ne mélange pas les torchons et les serviettes !). Au même moment, son père, Joh Fredersen rend visite à un inventeur, Rotwang –qui a une tête à la Caligari). Les deux hommes se disputent. L’inventeur montre une nouvelle machine qu’il a créé…une femme-machine…qui ne peut devenir femme sans vraie femme. Il l’a créé pour refaire Hel, la mère de Freder morte en lui donnant la vie. Fredersen veut que Rotwang lui explique les plans trouvés dans les poches de ces ouvriers morts : ce sont les catacombes de la ville ! Tous deux s’y rendent. Et là, stupeur, les ouvriers écoutent une femme…la belle femme du début. Elle les rassure…c’est comme une sorte de Jeanne d’Arc. Fredersen ne l’entend pas de cette oreille ! il décide donc que la femme-robot doit devenir le double de cette femme pour semer la discorde au sein des ouvriers et pour qu’ils se retournent contre elle. Pour ce faire, Rotwang enlève Maria. Freder, passant près de sa maison entend les cris de Maria et veut aller la sauver…Rotwang fait son expérience…la femme-machine devient Maria. On peut penser un instant que la vraie Maria meurt à cause de l’expérience mais ce n’est pas le cas. Freder va ensuite chez son père qui est aux cotés de Maria (la machine). Tout est confus…il lui faudra du repos. Pendant ce temps là, Maria(la machine) danse devant des hommes de la surface et ils sont complètement hypnotisés par sa beauté, par son corps…peu de temps après, sous les dires de Maria (la machine), les ouvriers se révoltent. Ils détruisent les machines (s’en penser que leurs enfants se trouvent encore au sous-sol) et cela finira par inonder le sous –sol et tout détruire. Maria est considérée comme une reine…Les ouvriers vont en ville, ils attrapent Maria (la machine) et décident de la brûler sur un bûcher ! comme une sorcière… Freder pense que c’est sa Maria qui brûle. Le feu montre le vrai visage de Maria, c’est une machine…stupeur ! Parallèlement, Maria est poursuivi par Rotwang dans l’église , puis Freder s’en mêle ! Fredersen voit son fils …Rotwang fini par tomber.

Fredersen, Freder et Maria sortent de l’église et le chef des ouvriers les rejoint. Il veut faire la paix mais Fredersen est réticent…cependant, grâce au médiateur, Freder, cela se fait. Et bizarrement, cette fin tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Après tant de pertes, de souffrances et de luttes, ils font la paix et puis c’est fini…en cherchant des informations sur cette fin étrange, j’ai appris que Fritz Lang a dit :Je n’aime pas Metropolis. C’est faux, la conclusion est fausse, je ne l’acceptais déjà pas quand je réalisais le film » (Les Cahiers du cinéma, septembre 1959).

Ce film est terrible, il met le doigt là où ça fait mal. Il aborde plusieurs thèmes : la ville, l’urbanisation qui s’étend, la machine, l’homme et sa condition (je conseille de lire la Condition humaine de Malraux), la société. Les images n’ont pas besoin de chichis pour avoir un impact considérable. Lorsque j’ai vu les images du début, j’ai pensé aux couloirs de métros, lorsque les travailleurs s’engouffrent tous les matins, font le même chemin tous les jours…métro-boulot-dodo…La guerre s’est finie quelques années auparavant, et c’est sans doute pour ça que le film est si fort. Il met en avant le peu de considération de certaines personnes vis-à-vis de l’homme, de l’ouvrier, qui finalement est la base pour que tout fonctionne.

Les décors sont simples : la ville située à la surface (les grandes tours, les avions, les salons…), la ville souterraine (immeubles, place centrale avec un gong…), l’église (peut-on encore croire ?), le cabinet du docteur Rotwang, la salle des machines, les catacombes.

Site officiel pour le film : http://www.kino.com/metropolis/

Ce site est très bien fait et il contient une mine d’informations. Des affiches du films, des images du film, des croquis…

Théodore Cindy