Dérive

Départ du 104
C’est le début de la grève des Universités…
Dérive : expérience collective et solitaire à la fois
Ce jour là je m’enquis de me perdre
Rue Riquet
Une procession commence
Marche silencieuse
Marche cadencée et tonique
Les mâts des péniches amarrées comme un rideau, s’ouvrent sur le canal.
Nous franchisons un pont, sensation étrange de tremblement, écho du pas des autres. Traversées entre deux rives, ces vibrations résonnent en moi comme le commencement de l’experience collective, sur ce pont je marche à l’uni-onde avec le monde.
De la ville, les facades des immeubles laissent place à des bâtiments industriels.
Le gris prend le dessus et dans cette grisaille, je repère des points colorés de fluo orange que je retrouve sur le cochonnet des jeux de boule, sur un cycliste prudent, les  machines Catterpillars, le parapluie de Liliane…
TEM‘Toujours en Mouvement’ sur des camions
CLCF Conservatoire Libre du Cinéma Français,
CIU Cité Internationale Universitaire,
La table ‘Au goût du jour’
Longer les courbes du canal et voir que
La cheminée de la grande blanchisserie de Pantin crache des fumées blanchâtres.
Le bâtiment des grands moulins se vitrifie et devient le siège d’une banque.
A mesure que j’entre dans la marche, qu’une cadence régulière et rectiligne s’installe, je la brise en piétinant sur les pavés de couleur mauve uniquement.
Je retrouve alors le pas de l’écolière qui invente des règles d’une marche citadine, sur le chemin du retour de la classe en ne marchant point sur les lignes tracées au sol…
Je marche seule et cette dérive me ramène chez moi, à Aubervilliers : c’est déjà les 4 chemins. C’est ici que j’habite depuis trois ans.
Les 4 chemins, c’est mon New York à moi, en bas de chez moi.
Les 4 chemins c’est la croisée des mondes, un quartier qui me rappelle singulièrement Flusing Queens à New York. Les enseignes, les bâtiments, les boutiques où l’on trouve de tout et de rien, la diversité de la population.
La grande pharmacie où l’on vend des pillules qui partent comme des petits pains
Aux 4 chemins il y a toujours un vendeur qui propose des joujoux sur un draps, par terre, la bienheureuse boulangerie où l’on  trouve sandwich chaud ou croissant à 4 heures du matin,
Aux 4 chemins, il y a un cinéma qui diffuse des bollywoods non sous-titrés
Le supermarché chinois où l’on trouve des œufs au thé
En hiver des vendeuses africaines chantent le mais chaud
Les boucheries-rotisseries, kebab dès le matin soufflent leur parfums de viande grillée.
Près de la bouche de métro on trouve des fruits, du pop corn et  sur les quais en dessous, il y  a toujours ce monsieur indien qui vend des petits sachets de pralines. Je le reconnais à sa moustache et son manteau camoufflage
Les 4 chemins c’est toujours vivant, un quartier qui fonctionne 24h/24h.
Aux 4 chemins, chacun fait son nid, son business.
La dérive s’arrête ici, nous nous retrouvons dans un café et l’écriture commence. Puis, filtrée par le temps et tamisée par la mémoire, elle s’arrête ici sur cette phrase de Nicolas Bouvier, grand voyageur :
« on croit faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou défait. »

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