Louis Maurin: «La mise en scène répétée du renvoi dans leur pays d’origine d’enfants…»

Louis Maurin est directeur de l’Observatoire des inégalités. Il publie dans Le Monde du 1er avril cet article: «Le président, les sans-papiers et les valeurs».
Extraits: «(…) La mise en scène répétée du renvoi dans leur pays d’origine d’enfants, de femmes, de personnes âgées ou de ceux qui ont travaillé des années en France heurte les valeurs d’une partie des citoyens, de tous âges, de tous milieux et de toutes tendances politiques.

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Cette situation n’aurait-elle pas, elle aussi, influencé le choix des électeurs lors des récentes élections municipales? L’école qui sert de bureau de vote est parfois celle dans laquelle étudie un enfant menacé d’expulsion. Les parents en particulier le ressentent vivement. Dans les discussions publiques ou privées, nombreux sont ceux qui sont en désaccord avec la politique actuelle du droit au séjour. Du commerçant au cadre de l’UMP, de l’instituteur à la mère de famille, les mouvements de soutien aux personnes expulsables dépassent largement les groupes militants de gauche.

Mais cette France du quotidien reste le plus souvent inaudible. Elle s’efface devant l’argumentaire de ceux qui jouent sur la peur de l’étranger et utilisent une population démunie comme bouc émissaire des difficultés de la société française. Monsieur le président, cette Nadia de 6 ans et demi, regardez-la en face. Si vous deviez vous-même la prendre par la main pour la reconduire à la frontière, vous n’en seriez pas capable. Comme aucun citoyen français qui porte les valeurs de notre République.

Intenable la situation en devient incompréhensible. Les forces de renseignement ou de sécurité déployées sont disproportionnées face à la menace que représentent ces personnes, quand la lutte contre l’insécurité est une priorité. Le ministre de l’immigration a peiné à atteindre 21 000 « éloignements » en 2007, alors que notre pays a accueilli l’an dernier 70 000 immigrés supplémentaires, selon l’Insee.

Preuve d’humanité
Que représentent ces 21 000 de moins en France, alors que notre population s’est accrue, au total, de 361 000 personnes la même année? Menacent-elles notre identité culturelle, comme on l’a dit des Italiens dans les années 1920 en les comparant à des « sauterelles » envahissantes? Notre économie? La politique de sécurité (administrations préfectorales, forces de police, transports, aide au retour…) mobilise des ressources énormes, qui font défaut à l’intégration. Doit-on craindre un « appel d’air » quand nos voisins qui ont opté pour la régularisation ne l’ont pas ressenti? (…)

La France doit, comme ses voisins, faire preuve d’humanité. Au fond, elle ne doit pas régulariser pour des raisons d’efficacité économique, même si elles existent. Elle doit le faire car cela fait partie de ses valeurs, comme chacun accepte l’idée de la fraternité. Il s’agit d’une véritable question d’honneur national: elle ne peut en son âme et conscience se regarder en face et assumer le départ d’un enfant qui a vécu sur son sol, de sa mère ou d’un père qui y a travaillé des années. Qu’ils soient dans l’irrégularité ou non. (…)»