Fragonard: proposition pour un parcours de l’exposition

Voir l’exposition, l’avoir vu, s’en souvenir, bien sûr il nous reste des traces de notre visite. Mais revoir les toiles, se questionner, les comprendre à nouveau, c’est dans ce but que j’ai essayé d’articuler ma médiation de l’exposition.
Voici le questionnaire que j’ai proposé. Je me suis documentée sur l’artiste, j’ai observé le parcours proposé par les commissaires d’exposition, puis j’ai tenté d’établir un questionnaire dans lequel j’ai intégré quelques commentaires et précisions au sujet de certaines oeuvres. J’ai tenté de guider l’intérêt des spectateurs vers certaines toiles qui me paraissaient significatives du travail de l’artiste. A partir de là, j’ai voulu mettre l’accent sur certains détails en donnant des pistes à travers mes questions. Je tenais cependant à ce que celles-ci restent suffisamment larges pour que les spectateurs puissent exprimer leurs impressions d’une manière très libre. Il me semblait essentiel, à travers ce parcours, de faire ressortir l’impression ressentie autour de la question de la figure dans le paysage. C’est pourquoi j’ai éloigné la plupart du temps les questions qui faisaient directement appel aux connaissances historiques et artistiques des spectateurs, tout en leur laissant la possibilité de les exprimer. Je voulais éviter de contraindre le regard à une interprétation des œuvres qui lui serait étrangère. Je voulais aussi mettre l’accent sur le contexte dans lequel les œuvres sont regardées. Je n’attendais évidemment pas de réponses précises, mais davantage des séries d’impressions. Il me paraissait intéressant de comprendre comment ces œuvres peuvent être regardées aujourd’hui, si loin de leur contexte originel. Nous avons tendance à les percevoir comme des objets de curiosité appartenant au folklore d’un autre temps. Le cadre donné par le musée Jacquemard André ajoute à cette impression. L’endroit est magnifique et présente des collections étonnantes d’oeuvres de diverses époques. Nous traversons donc les salles richement décorées avant d’accéder à l’exposition. Comment ne pas se sentir entraîné, dans ce cadre luxueux, à voir chaque objet et chaque toile comme un élément du décor? On ne se contente pas de s’intéresser à un peintre appartenant à une période et à son contexte, on se plonge dans le luxe des lieux, des objets, des toiles, et l’on devient ainsi le spectateur curieux de tout ce qui constitue l’éclat des siècles passés.

Il me semblait donc important que les spectateurs prennent le temps de s’intéresser aux œuvres de l’exposition en prenant conscience du lieu dans lequel elles étaient exposées. J’ai voulu les questionner sur leur présence dans ce lieu et l’interaction entre eux et les œuvres. Ainsi, le regard se reforme et se fait plus précis. A travers des questions concernant plus directement les œuvres, j’ai voulu les amener à s’intéresser au sens et au sentiment qu’elles véhiculent chez le spectateur contemporain.

Les réponses aux questions se sont avérées, comme je l’avais espéré, très diverses et intéressantes. Certaines d’entre elles ont été négligées. J’ai supposé que cela était dû à l’aspect hétérogène des questions et au manque de pistes fournies. Cependant, ce travail a été une expérience riche, car il m’a permis de comprendre ce qu’attendaient les spectateurs d’une médiation d’exposition comme celle-ci et m’a donné l’occasion d’approfondir mes connaissances sur un artiste et sur une période de l’histoire de l’art qui m’étaient jusqu’alors peu familiers.