Par les villages sans églises

Par les villages sans églises[1]

J’en doutais

Je pourrais faire une expérience situationniste
En traversant des rues industrielles, des rues commerciales
Dans une mobilité sèche mécanique anti-pesanteur
Essayant de comprendre par sa négation
Le paysage urbain unitaire traduit spirituellement jadis
Au cœur de la mythologie situationniste

Des néons des boulangeries pâtisseries pharmacies opticiens brasseries tabacs lingeries
Constellation profane aussi éternelle
Nous conduisirent dans des quartiers périphériques
Où les fenêtres brisées furent assimilées par la brique et le béton
Où le pignon d’un bâtiment sur lequel la ligne blanche contourna son voisin assassiné
Où les toilettes au motif rouge du magasin côtoyèrent des femmes aussi flatteuses
Sur les pages des magazines pornos
Où les adolescents ne s’habillaient que de noir et de blanc
Se groupèrent au carrefour
Dont un me hurla brusquement « Chinoise ! » avec sa lucidité effroyable
Où les enfants qui abusaient l’innocence douteuse
Poussèrent le cri suraigu

J’en doutais
Je pourrais faire une expérience situationniste
Cette expérience esthétique poétique politique problématique
Alors j’ai pris des photos
Comme un refus de faire l’expérience
Comme l’épreuve physique ne me fit pas trouver
L’intelligence la fantaisie le délire la liberté
Qui toujours me manquaient d’ailleurs
De dé-créer et recréer mon expérience d’existence

 


[1]. « Devant l’huis des auberges grises, Par les villages sans églises« , Guillaume Apollinaire, « Saltimbanques», Alcools, Editions Gallimard, 1920