… dérive dirigée

Le 18 février 2009, à 16h39 la dérive commence rue d’Aubervilliers. Il fait froid. Je me rends compte alors que je n’ai pas la tenue adéquate pour dériver. Je pense trop au froid. Puis, une chose attire mon attention. Une façade d’immeuble peinte en trompe l’œil fait l’angle de la rue Riquet et de la rue d’Aubervilliers. L’atmosphère du coin ne m’inspire pas grand chose. Les immeubles sont tristes et le temps est gris. On croise des gens, des habitants du quartier dans les rues. Le tempo de la dérive s’accélère. Peut-on dériver en marchant vite? Nous déambulons dans les rues, traversons des passages cloutés…pour regarder quoi? rien de passionnant.
Arrivé sur le bord du canal, le monde se fait discret. On le longe quelques temps. Puis on le traverse. La passerelle vibre! Quelle frayeur! Je m’agrippe à Véronique qui se moque de moi. Mes pieds retouchent la terre ferme, je me sens mieux. Nous continuons à longer le canal, ce bord porte le nom du commandant Cousteau. Nous croisons des personnes avec deux chiens que nous avions déjà croisées de l’autre côté du canal. Des mouettes flottent sur l’eau. Elles ne semblent pas se rendre compte qu’il fait froid. Un bâtiment étrange s’élève sur le canal, il est entouré de rubans marrons: c’est la Criée. J’avais cru l’espace d’un instant être devant une œuvre de Kawamata et puis ensuite, de me trouver en Chine, devant un échafaudage en bambous. Cet immeuble me fait rêver un instant. Ensuite, on marche, marche…marche…et on voit au loin le groupe de tête qui se détache de nous de plus en plus… les individus du groupe deviennent des sortes de points mobiles … seule notre vue nous rattache à eux. A droite du Canal, on tourne. On passe devant L. (une entreprise de béton). On ne voit plus personne. Pendant un instant nous pensons être perdues et puis, on regarde à droite, à gauche…on tourne à gauche. Le groupe de tête veut-il brouiller les pistes? Deux personnes en tête portent un couvre-chef rouge. La couleur est bien choisie. Ce sont nos points de repère. On arrive dans le parc de la Villette, toujours en longeant le canal. Quelques enfants jouent au cerceau. On passe devant la Géode, puis le Zénith. Je suis perdue, je ne visualise pas dans ma tête le chemin parcouru entre le 104 et la Villette. Le monde revient, le bruit des voitures, des klaxons aussi. On passe au-dessus d’une gare ferroviaire. Un arrêt de bus indique «Gare des marchandises». Les gens prenant le bus à cet arrêt sont-ils considérés comme de la marchandise ? du bétail ? Les gens s’activent ici. La dérive dirigée est finie.

Je dirais que je suis plus une flâneuse qu’une «dériveuse». Je préfère partir d’un point pour en atteindre un autre ne prenant mon temps. Et puis dériver pour voir, entendre quoi? des immeubles moches, des crottes de chiens sur les trottoirs, des oiseaux qui font «cui-cui »… Je pense que c’est tout simplement le quartier qui ne me permet pas de dériver avec mon corps et mon esprit. Le Marais par exemple est un coin idéal pour dériver, un pays étranger aussi.

 

Voici le «chemin» qui m’est resté en tête et que j’ai reproduit deux jours plus tard.

 

 

voici le trajet voiture depuis le 104 vers le Labo d’Aubervilliers

 

Cindy Théodore