Murs de Steve McQueen

Cette deuxième partie sur Steve McQueen commence par une petite remarque: murs. Mur dans une scène de son premier film Hunger, mur dans son œuvre d’installation vidéo Rayners Lane. Deux murs en brique rouge, l’un est un mur très simple qui provoque l’immanence de l’œuvre d’art, l’autre contre lequel le personnage de film s’appuie et cela nous permet de souffler pendant la tempête violente.
Je ne veux pas parler du film, je veux parler de phase de l’œuvre d’art. Pourquoi et comment arrive-t-il à réaliser un film après sa carrière de vidéaste contemporain, réputé au niveau mondial. Je pense que, le fait que l’artiste franchit le seuil entre la culture de masse et la haute culture, nous montre et révèle la rupture entre deux cultures. Il faut réfléchir à ce phénomène. De nos jours, de plus en plus, l’immanence de la vie est fracturée et solidifiée. Rupture. Les artistes d’aujourd’hui sont confrontés à ce problème. S’il y a beaucoup de fractures dans notre vie, il est facile de tomber dans le piège de contradictions. Par exemple, l’artiste gagne énormément d’argent et une réputation en révélant des parties honteuses de la société. Et il vit tranquillement sa vie dans cette société qu’il dénonce.

Dans la logique de Steve McQueen: le dualisme, comme je l’analyse dans la première partie, «Transgression du dualisme», m’a donné une impression que l’artiste a perdu la modération qu’on trouvait dans ses œuvres. Je vois que Rayners Lane se met dans une place neutre sur le plan politique, par contre, son premier film est un art politique. Je dirais que Hunger est une pièce de propagande auprès de ses vidéos. Parce qu’il utilise une stratégie de propagande: image violente et provocante, ni métaphorique, ni esthétique, mais simple et forte, plus directe. D’autant plus que, déjà, l’Image en mouvement est active, directe, relativement dégagée de la réflexion par rapports aux images fixes —photographie et peinture—, alors, en un sens, violente. Parfois, la logique de la propagande peut gommer la finesse de l’art et démolir la «science» accumulée à travers tant d’histoire de l’art.

Mais, je suis pour tous les «vrais» propagandistes. Au moins, ils sont peu de personnes qui ont du courage à notre époque. Selon eux, je crois que l’art et la vie ne se distinguent pas en se faisant placer «parallèlement», l’art est une partie, disons, une grande partie de la vie. Je suis très content de voir l’action de Steve McQueen. Je crois qu’il refuse le fait que son art satisfait le plaisir culturel d’une classe «tranquille» de la société et que l’art doit être toujours né dans la nécessité absolue en empruntant les termes hégéliens.