Steve McQueen: transgression du dualisme


Steve McQueen, Rayners Lane

L’artiste nous montre «simplement» le mur. Un mur en brique. En effet, si on réfléchit bien, la structure de l’œuvre se relève naturellement devant nous. Autosimilarité. Prononciation autosimilaire du titre, Rayners Lane. Forme de la brique dans le mur et celle du cadre. Répétition de couleur: marron-rouge. Solidité de la brique et du mur et immobilité «visuelle» de cette œuvre. Enfin, cette pièce est tout simple, pourtant l’artiste ne nous montre méchamment aucune «porte» pour mieux comprendre! Nous attendons devant le «mur» visuel, également, nous nous dressons devant un «mur» psychologique. C’est comme ça que l’artiste  accomplit l’immobilité sous plusieurs faces. Mais, après quelque temps, on se met à comprendre en posant la question: Dis donc, qu’est-ce-qu’il y a derrière le mur? Cette question sur l’œuvre elle-même sera identique à la question: Qu’est-ce qu’il veut dire à travers cette œuvre? Dis donc, Qu’existe-t-il derrière les murs? Bien entendu chaque question a sa réponse, mais, une seule chose: projetant le même mur en brique pendant longtemps, le temps infini et vain existe dans la salle avec nous et nous attend patiemment. MOBILI IN IMMOBILIS. C’est là où nous rencontrons finalement un noyau dans Rayners Lane, créé par Steve McQueen : le temps qui nous attend.

Ce qui est plus difficile pour comprendre l’œuvre d’art, c’est d’actualiser son sens dans d’autres horizons: vie quotidienne, réflexion sur la cinématographie, création etc. A mon avis, il y a une beauté absolue dans le processus de cette dernière étape. Rayners Lane l’a indubitablement.
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Steve McQueen, Running Thunder

Ce qui nous attire d’abord, c’est un cadavre animal marron-foncé étendu dans une prairie verte, un cheval mort. Mort d’un cheval. En général, le cheval est le symbole de la force, de la dynamique et du mouvement. Imaginons une scène où ce cheval court et joue dans la prairie: en comparaison avec celle de l’œuvre, le cheval serait un objet mobile et les herbes figureraient «relativement» les objets immobiles. Mais, là, il y a un bouleversement à travers un événement, la mort d’un cheval. Ce bouleversement étant une force visuelle et psychologique qui dirige Running Thunder. Avec le contraste de couleur : marron-foncé et vert, la mise en scène de la tête évoque le pathétique. Au fil du temps, cette scène pathétique transgresse celle de la sérénité grâce aux herbes oscillantes et au temps «éternel» du dispositif cinématographique.
D’autant plus que le titre nous fait penser aux deux sortes du temps: l’instant (temps de «quand» ou l’événement de la mort d’un cheval et la durée (temps du «combien» ou le temps incessible de l’œuvre comme dispositif). Il est bien étonnant que cette œuvre se compose d’une symétrie parfaite.

Cheval - Prairie (herbes, insectes, vent…)
Animal - Végétal
Un seul - Plusieurs
Mobile → Immobile - Immobile → Mobile
Mort - Vivant
Tragique, Pathétique - Serein
Evénement -
Temps de « Quand » - Temps de « Combien »
Thunder - Running
Nom - Adjectif

En conséquence, que nous dit Steve McQueen à travers une telle structure dualiste ?
Dans un entretien avec Patricia Bickers, il dit: «j’aime réaliser des films dans lesquels les gens ont le sentiment qu’ils pourraient presque prendre du sable dans leurs mains et le frotter contre leurs paumes. Mais en même temps, je veux aussi qu’un film soit comme une savonnette qui vous échappe des mains en la serrant. Il faut que je bouge physiquement et que j’ajuste votre position par rapport au film afin que ce soit lui qui vous dirige et non l’inverse.»
D’après son explication, un mot-clé pour comprendre ses œuvres est le bouleversement du sens principal d’une chose (se reposant sur le sens
commun) et la transgression du dualisme (ou bien, de deux choses). A propos du sable, on peut se dresser sur le sable du désert, par contre, on peut prendre du sable dans la main et le frotter. L’artiste essaie de montrer un mouvement de transgression: l’énergie de sens qui creuse la surface du signe dans les choses.