Abdelhafid Khatib: Essai de description psychogéographique des Halles

Dans le deuxième numéro de L’Internationale Situationniste, le psychogéographe Abdelhafid Khatib a publié son texte «Essai de description psychogéographique des Halles» (décembre, 1958). L’image et les extraits de textes repris ci-dessous sont issus de
http://i-situationniste.blogspot.com/2007/04/essai-de-description-psychogeographique.html)

«Nous avons choisi, comme sujet d’une étude psychogéographique, le quartier des Halles qui, à l’inverse des autres zones ayant fait jusqu’à présent l’objet de certaines descriptions psychogéographiques (Continent Contrescarpe, zone des Missions Étrangères) est extrêmement animé et fort connu, tant de la population parisienne que des étrangers qui ont quelque peu séjourné en France. Nous précisons d’abord les limites du quartier tel que nous le concevons ; les divisions caractérisées du point de vue des ambiances; les directions que l’on est porté à prendre dans et hors ce terrain ; puis nous émettrons quelques propositions constructives.

Le quartier des Halles, en termes de division administrative, est le deuxième quartier du premier arrondissement. Placé au centre de Paris, il est en contact avec des zones en tous points différentes les unes des autres. Le quartier, considéré du point de vue de l’unité d’ambiance, ne diffère que légèrement de ses limites officielles, et principalement par un assez large empiètement au nord sur le deuxième arrondissement. Nous retenons les frontières suivantes : la rue Saint-Denis à l’est ; les rues Saint-Sauveur et Bellan au nord ; les rues Hérold et d’Argout au nord-ouest ; la rue Croix-des-Petits-Champs à l’ouest ; enfin au sud la rue de Rivoli qu’il faut doubler, à partir de la rue de l’Arbre-Sec, par la rue Saint-Honoré (voir plan n° 1).

Quatre grandes voies traversent les Halles de bout en bout, et contribuent ainsi à leur morcellement en zones d’ambiance distinctes, mais qui toutes sont communicantes : la plus importante de ces voies, orientée est-ouest, est constituée par la rue Rambuteau qui, par divers prolongements aboutit dans la région de la Banque de France ; la rue Berger, également orientée est-ouest, la double dans le sud ; la rue du Louvre, orientée nord-sud ; la rue des Halles, orientée sud-est-nord-ouest. Il existe de nombreuses voies de pénétration secondaires, par exemple la suite des rues du Pont-Neuf-Baltard, au contact de la rive gauche à travers le Pont-Neuf et de divers secteurs au nord à travers les rues Montmartre, de Montorgueil et, dans une moindre mesure, de Turbigo. Cette voie doit être cependant considérée comme secondaire à cause des deux coupures relatives que constitue le franchissement de la rue de Rivoli et des grands bâtiments des Halles Centrales.

La caractéristique essentielle de l’urbanisme des Halles est l’aspect mouvant du dessin des lignes de communication, tenant aux différents barrages et aux constructions passagères qui interviennent d’heure en heure sur la voie publique. Les zones d’ambiance séparées, qui restent fortement apparentées, viennent toutes interférer au même endroit : le complexe place des Deux-Écus-Bourse du Commerce (rue de Viarme). »

«L’architecture des rues et le décor mouvant qui les complique chaque nuit, peuvent donner l’impression que les Halles sont un quartier difficile à pénétrer. Il est vrai que dans la période d’activité nocturne, les embouteillages de camions, les barricades de cageots, le mouvement des travailleurs avec leurs diables mécaniques ou à bras interdisent l’accès des voitures et font dévier presque constamment le piéton de sa route (ceci favorisant énormément l’anti-dérive circulaire). Mais en dépit des apparences, le quartier des Halles, de par les voies d’accès qui le bordent ou le traversent en tous sens, est l’un des plus faciles à franchir.»

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Sabrina Moura de Araújo (249194)