“Fragonard, Les Plaisirs d’un siècle”

Mercredi 19 décembre, à 12h 00, rendez-vous dans l’exposition Fragonard, Les Plaisirs d’un siècle, au Musée Jacquemard André. L’exemple de scénographie à ne pas suivre, très éducatif dans sa négativité.
Parti pris revival années 80, un doublage systématique et exhaustif des murs, dans un esprit boîte à chaussure et non whitecube, des plafonds-couvercles caissons lumineux avec photos géantes de détails de ciels des peintures de Fragonard, effet photosphop désastreux. La vision des œuvres présentées en prend un coup. On ne peut que reprendre les critiques de Diderot à l’endroit de Fragonard dans ses Salons, en 1767, année où le peintre brosse le portrait bâclé du philosophe et critique d’art contemporain. Le texte « Fragonard » est (difficilement) consultable sur le site Gallica. http://gallica.bnf.fr.
Extraits: Diderot, Œuvres esthétiques, « Fragonard, salon de 1767″, pp. 476-477, Classiques Garnier, Paris, 1994

« 137. Tableau ovale représentant des groupes d’enfants dans le ciel
C’est une belle et grande omelette d’enfants; il y en a par centaines, tout entrelacés les uns dans les autres, têtes, cuisses, jambes, corps, bras, avec un art tout particulier; mais cela est sans force, sans couleur, sans profondeur, sans distinction de plans. Comme ces enfants sont très petits, ils ne sont pas faits pour être vus à une grande distance; mais comme le tout ressemble à un projet de plafond ou de coupole, il faudrait le suspendre horizontalement au-dessus de sa tête, et le juger de bas en haut. [...] Cela est plat, jaunâtre, d’une teinte égale et monotone, et peint cotonneux. Ce mot n’a peut-être jamais encore été dit, mais il rend bien, et si bien, qu’on prendrait cette composition pour un lambeau d’une belle toison de brebis, bien propre, bien jaunâtre, dont les poils emmêlés ont formé par hasard des guirlandes d’enfants. » [...] Belle omelette, bien douillette, bien jaune et bien brûlée. »

En complément de l’exposition, pour poursuivre sur le 18e siècle: Ce que mes yeux ont vu, le mystère Watteau, 2007, film de Laurent de Bartillat.

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Références bibliographiques

ROSENBERG Pierre, Fragonard, catalogue de l’exposition, Galeries nationales du Grand Palais, 24 septembre 1987-4 janvier 1988, Réunion des musées nationaux, Paris, 1987
SOLLERS Philippe, Les Surprises de Fragonard, Gallimard, Paris, 1987
Fragonard et le dessin français au 18e siècle dans les collections du Petit Palais, catalogue de l’exposition, Musée du Petit Palais, 16 octobre 1992-14 février 1993, Paris Musées, Paris, 1992

Art et Nature en Grande-Bretagne au 18e siècle, de l’harmonie classique au pittoresque du premier romantisme. Textes présentés par Marie-Madeleine Martinet, Aubier, collection bilingue, 1980, Paris.