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Observer la narration visuelle à partir de la multi-perspective. Jean Rouch

Article publié le : Mercredi 3 février 2010. Rédigé par : Jiacai Liu

La diffusion du film met en lumière la narration visuelle. L’interprétation du film Les Maîtres fous, en est un parfait exemple. On comprend la narration visuelle de ce film à partir de la narration classique du formalisme et de l’après-narratologie classique du cross-perspective disciplinaire. La recherche de la narration du formalisme, comprend trois objets : le récit, le narrateur et le discours de la narration. D’abord, le récit implique des événements, des personnages,  une intrigue, un environnement… Les Maîtres fous, film réalisé par Jean Rouch (1954), raconte comment mener le récit. L’auteur montre les pratiques rituelles d’une secte religieuse d’ouvriers d’Accra, au Ghana, qui sont possédés par l’esprit des Haukas. A l’occasion de leur grande cérémonie annuelle, les pratiquants du culte Hauka, des travailleurs immigrés des régions du Niger venus à Accra incarnent des personnages associés au pouvoir colonial (le gouverneur, le docteur, le général, le caporal de garde, la femme du capitaine, le conducteur de locomotive….).
L’imagerie dans Les Maîtres Fous est puissante et angoissée: les hommes possédés par des yeux révulsés, l’écume à la bouche, de manger un chien sacrifié (en violation de tabou), brûlant le corps avec des torches. Au-delà de  l’imagerie, les thèmes sont aussi puissants, et ont eu un impact dans notre propre culture: Les Nègres de Jean Genet a été calqué sur l’inversion Hauka dans laquelle les Noirs assument le rôle de maîtres, et le Marat/Sade de Peter Brook a été influencée par la théâtralité et a inventé la langue de la possession Hauka. Pourtant, comme Rouch nous rappelle dans un entretien, la possession des adeptes Hauka n’a pas été le théâtre, mais la réalité. Le sens de cette réalité est plus ambiguë dans le film, bien que le commentaire de Rouch suggère que le rituel permet une libération psychologique qui permet à l’Hauka d’être de bons travailleurs et d’endurer une situation dégradante pour leur dignité. La relation inexplorée du mouvement Hauka à leur expérience coloniale est peut-être la question la plus intrigante que soulève cette cérémonie par laquelle les opprimés deviennent, pour une journée, les possédés et les puissants.
Les Maîtres fous utilise directement la narration par l’imagerie cinématographique. Il capte les regards, la langue et les actions des personnages, réduisant objectivement la capacité du dialogue, de sorte que le récit soit entièrement développé par le visuel. Le film s’appuie sur les actions et les détails de l’image filmique, en particulier sur des groupes d’extraits raffinés et appropriés, puis plonge le public dans une réflexion conduisant à comprendre le message (contenu) délivré par le film. «L’utilisation appropriée de la technique de narration visuelle, de sorte que le film de Rouch adopte une technique raffinée, concise, pour révéler directement l’intrigue sur l’écran, et suggérer  les personnages et le développement de l’histoire, fabriquer les suspens». Les films de Rouch ont souvent une multitude de possibilités pour jouer une connexion, une allusion à l’intrigue telle que le rôle. Par exemple, Rouch n’était pas satisfait avec juste un vraiment record de ce qui fait qu’il est un tel mystère bouleversant de la cérémonie rituelle originale.
De plus, Rouch révèle, dans le film, à travers les cérémonies rituelles, les peuples africains. Il évoque la relation qui existe entre les colons de l’Ouest et les peuples africains qui possèdent un pouvoir divin en faisant apparaître à l’écran les membres du Gouvernement britannique. Comme le comportement colonialiste occidental et les actes de violence, Rouch a introduit les images de fonctionnaires du gouvernement de l’Ouest qui évoquent la réponse que Rouch a espéré trouver. Dès le début du film apparaît la vie trépidante urbaine et  à la fin du film apparaissent les participants de cérémonie qui retournent au travail calme comme l’habitude: les différentes scènes de la cérémonie des Haukas font apparaître une sensation d’angoisse et de frénésie, ce qui n’est pas sans rappeler la vie urbaine. Une telle structure de film transmet les références croisées avec l’explication donnée par Rouch, qui pense que le rituel des Haukas est, pour ces personnes, une forme nécessaire de purification,  un processus de purification de la colère  contre l’oppression des forces coloniales. Lorsque les forces coloniales disparaissent, la cérémonie des Haukas, caractérisée par la violence et la frénésie redevient progressivement une cérémonie traditionnelle, où tout se calme. Ce film en utilisant une forme à l’écran particulière emmène les spectateurs en état d’hypnose au travers du rituel des Haukas et de frénésie. Au-delà de la fonction d’enregistrement, Rouch parvient à une sorte d’état de reconnaissance des stimuli visuels. Pas besoin d’utiliser trop de dialogue il  le construit doucement pour accumuler et développer l’intrigue.
Le film de Jean Rouch cherche à valider la démarche anthropologique artistique à travers une performance rituelle parfaitement scénographiée des Haukas, sur une journée. En effet, au cours de cette «concession», Jean Rouch, caméra portée, filme la performance des participants et en fait le récit par l’incrustation d’une voix off, à partir de bribes de paroles prononcées par les acteurs de la performance.
Ainsi, à travers ce film, Jean Rouch, caméra à l’épaule se place en précurseur de l’anthropologie artistique. Il casse la frontière entre ethnologie et sociologie. Rouch s’intéresse en Afrique aux migrants et réalise un document sur le rituel annuel des Haukas qu’il ne se contente pas de décrire mais laisse libre cours à l’improvisation et créé sa propre réalité cinématographique plutôt qu’il ne décrit un monde extérieur. Pour réaliser son œuvre, Rouch filme à la fois la scène qui se déroule sous ses yeux, tout en prêtant attention à l’arrivée d’un autre danseur, d’un musicien ou d’un prêtre, de manière à pouvoir franchir le seuil de l’imaginaire et laisser libre cours à l’improvisation. Il improvise ses cadrages, ses mouvements, le rythme de ses plans dans une chorégraphie qui évoque celle du jazz. Il brouille les frontières des genres en réalisant avec ses amis nigériens des sortes d’ethno-fictions, et à l’intérieur même du documentaire, il invente un nouveau mode cinématographique, celui du documentariste qui s’immerge totalement dans la réalité qu’il décrit et interagit avec elle. L’ajout de commentaires réalisés par Rouch des scènes filmées mais aussi les paroles prononcées en langue secrète pendant le rituel renforcent davantage le réalisme extraordinaire de ce document. Les films de Rouch montrent clairement que dans l’expression visuelle du film, la fonction de narration visuelle est évidente. Bien sûr, la technique du récit de cette connexion à travers ce prisme exprime suffisamment les fonctions pour transmettre le récit visuel du film. Toutefois, dans les formes d’expression visuelles, d’autres éléments de la composition visuelle, comme la lumière, la composition de l’imagerie, la couleur…, montrent également leur propre capacité narrative unique.

La lumière
Les Maîtres fous
est un film en couleurs mais il transmet des effets visuels forts en jouant sur la lumière, comme en 1954,  dont le point culminant du rituel des Haukas, correspond aux changements de lumière voulus par Rouch, de manière à donner une impression de profondeur et ainsi nous émouvoir. Le film en usant de l’ombre et de la lumière transmet  une sorte de métaphore. L’éclairage contribue non seulement à faire ressentir l’atmosphère, mais aussi à renforcer la narration, ce qui a pour effet d’exprimer pleinement leurs émotions sans avoir recours à la narration.

La composition de l’image
Dans l’aspect de la composition de l’imagerie du film, Rouch met l’accent sur la situation des habitants locaux qui  ont été  limités  et entravés. Dans le film, les participants à la cérémonie sont souvent dans un environnement sale et mélangé, et le champ des activités des habitants ont pour objet d’augmenter la tension. Les scènes du film nous montrent partout l’état de détresse des habitants d’Accra. Le film traduit pleinement la tension de narratologie de la composition de l’imagerie.

La couleur
A Accra au Ghana, selon les conceptions des couleurs traditionnelles, la couleur n’est pas simplement une impression visuelle où les règles sont naturelles. Elle est liée à la fois à la religion mais également à la philosophie sociale. On y trouve également beaucoup de fonctionnalités et de contenus. Comme les autres nations, chacun à sa propre manière d’interpréter les choses, chaque couleur a un symbolisme particulier qui peut différer d’une nation à une autre. Dans Les Maîtres fous, quand les personnes participent à la cérémonie écume à la bouche, les choses blanches donnent aux gens un sentiment de crainte morbide. Et aussi un chien mort avec le sang frais. Le rouge du sang fait appel à l’imaginaire du public, qui est fanatique, impulsif, et violent. Le rouge semble impliquer une sorte de défaut humain des protagonistes d’un point de vue historique. Donc ici, on peut relever une véritable frénésie furieuse, en même temps que se dégage une atmosphère de désespoir. A partir de vues jouant sur la lumière, la composition de l’imagerie, la couleur du film, la capacité narrative des éléments visuels du film est similaire à la capacité du discours narratif. En fait, la création d’un film contemporain et la télévision contemporaine apparaissent comme une tendance auxquelles les personnes sont de plus en plus attentives. On parle alors de langue audio-visuelle, c’est-à-dire un développement de la capacité de récit de  l’image traditionnelle. Dans la forme visuelle, c’est uniquement l’image (les images) qui est utilisée pour mener le récit, mais elle ne se limite plus à la narration du discours traditionnel. Il s’agit d’associer les caractères particuliers de l’imagerie, ce qui ne veut pas dire que la capacité narrative des images est affaiblie, mais plutôt que la gravité du film a été transformée, pour ainsi tendre  réellement à des éléments qui sont propres à l’audio-visuel.
Donc les éléments du film, marquent l’accent sur le caractère interdisciplinaire de la narration ce qui tend à faire évoluer l’étude narrative moderne post-classique. Comme mentionné précédemment, ce film a recours aux disciplines de l’anthropologie : psychologie, religion, histoire, histoire de l’art, critique d’art… Dans Les Maîtres fous, en s’appuyant sur la technique de narration visuelle, l’auteur nous présente un phénomène inhabituel de la société humaine. La narration visuelle est un procédé important de diffusion des images, mais également le sujet de la recherche de l’anthropologie artistique.

Note: «concession», est un rassemblement des initiés  du culte des haukas en un même lieu pour la pratique rituel.

Interview d’Oleg Lyt. Exposition Look Down

Article publié le : Mardi 2 février 2010. Rédigé par : Olga Aliksandrovska

J’ai réalisé cette interview auprès d’Oleg Lyt, le 2 Février 2010 à propos de son exposition Look Down. Etant particulièrement intéressée par sa vision toute particulière des plaques d’égout et sa passion qui transparaît au travers de ses nombreuses photographies réalisées dans le monde entier. Son travail s’est étalé sur deux ans et si selon lui, chaque plaque est différente en fonction des pays, c’est certainement le Japon qui l’a le plus marqué. C’est sans doute là que ces plaques ont les couleurs les plus chatoyantes et pourraient presque être assimilées au travail de la bande dessinée…

«Elles se trouvent sous nos pieds, piétinées par les piétons, les machines et sont jonchées d’ordures et de mégots de cigarettes et de crottes de chiens… Elles sont disséminées partout dans le monde de New York à Melbourne, de l’Argentine à la Norvège. Elles sont situées sur les grands boulevards et ruelles à l’abandon, sur les places centrales ou dans des cours sordides, mais se trouvent dans la rue où vous habitez. Il y en a des milliers dans les immenses métropoles et sont là également dans la plus petite ville. Elles sont le reflet d’une civilisation mais très peu de gens leur prêtent attention, parce que pour eux, ce ne sont que de simples trappes d’inspection des égouts! Chaque jour, nous passons sur ces artefacts, vaguement conscients de l’énorme diversité des fonctions de notre civilisation qu’ils représentent. Eau, électricité, égouts, gaz, téléphone, la chaleur:chaque trappe peut raconter son histoire.
Une variété de capsules de métal, de puits d’observation ferment les installations souterraines —une vaste collection d’art industriel. Comme d’habitude, les phénomènes ordinaires de la vie sont omniprésents, mais ignorés. La conception d’un grand nombre d’entre elles méritent l’attention.» Oleg Lyt
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Photos prises à Paris, en bord de Seine

Cette interview m’a poussée à faire davantage de recherches sur le rôle que peut jouer la plaque d’égout dans notre société. Simple objet utilitaire, détournement en objet d’art et pourquoi pas un objet de design industriel que l’on pourrait associer aux nouvelles technologies et notamment la géolocalisation ?
C’est ce que propose le designer Jae Kwon qui offre une alternative à l’utilisation du GPS-navigateur. Son invention ouvre désormais la voie dans les zones peu familières qui peuvent nous aider: les plaques d’égout. Carte-Hole est un nouveau dispositif qui donne aux voyageurs la possibilité de cibler l’aide aux éléments déjà existants du paysage urbain. Il fournit au piéton des informations sur sa localisation, les attractions environnantes et le temps nécessaire pour les atteindre. Ce designer propose de couvrir les regards d’égout avec des couvercles spéciaux comportant des informations. La plaque va pouvoir indiquer les musées à proximité, les restaurants, les parcs, tout ce qui peut intéresser le voyageur. En outre, Jae Kwon propose d’y placer des informations sur les établissements commerciaux et de transférer l’argent gagné par la publicité au budget local. Carte-Hole est certes un concept intéressant, mais son application pratique est difficile à mettre en oeuvre. L’idée de publier des informations sur les regards d’égout s’est déjà manifestée mais le problème est qu’ils sont souvent situés au milieu de la route, au milieu d’une circulation dense. Il est tout simplement dangereux de forcer une personne à s’arrêter au milieu de la rue et de regarder vers le bas pour y trouver les informations que ces plaques peuvent délivrer. Mais, cette idée ingénieuse mérite tout de même une attention toute particulière.


Jae Kwon. Carte-Hole

Allan Kaprow. Pose. Re-enactment. Street Happening.

Article publié le : Lundi 1 février 2010. Rédigé par : Liliane

Une belle vidéo (à cause de la lumière de L.A.) d’un re-enactment de la pièce d’Allan Kaprow de 1969, Pose: «Place a chair. Sit in it. Take a picture. Leave the picture.» (un polaroïd).
«In conjunction with The Museum of Contemporary Art, Los Angeles’ presentation of the exhibition Allan Kaprow-Art as Life, MCASD worked with a group of local students and young artists to present the reinvention of two 1969 Kaprow Happenings-Pose and Giveaway. Video by Nathan Gulick. Music by Brael. 2008.
Référence: Allan Kaprow, «18 Happenings in 6 Parts», 1959
descriptif sur le site (précieux) Media Art Net.
http://www.medienkunstnetz.de/works/18-happenings-in-6-parts/