-- La figure dans le paysage (Paris 8) » 2009 » mars

Archives mars, 2009

L’île

Article publié le : Lundi 2 mars 2009. Rédigé par : Javiera Carrasco

Nous sommes beaucoup,

sans parler

On marche comme une île

On traverse la balade des autres,

sans parler

Les oiseaux rares chantent de froid.

Marcher au bord du canal n’est pas se perdre, le canal est déjà la trace d’avant.

On traverse la marche des autres et nous n’avons pas encore de souvenirs.

Avec le froid toute est transparent et comme en train de disparaître… derrière.

On imagine la trajectoire.

Nous sommes une île sans mots, on traverse le froid,

aller & retour.

L’île commence à disparaître elle aussi.

Petit à petit des morceaux d’île partent pour s’effondrer dans le froid.

Si on arrive à rester tous unis, peut être le froid partira.

Le reste d’île s’arrête, devant un autre paysage plein d’autres îles, différent au nôtre. D’autres îles dessinent le contour de ce nouveau paysage.

On traverse les autres îles pour nous perdre, on traverse le paysage sans arriver.

Les oiseaux ne chantent plus et nous ne sommes plus une île.

Est-ce qu’on voulait vraiment renverser le monde ?

Article publié le : Lundi 2 mars 2009. Rédigé par : Noëlle Lieber

Ce que j’ai retenu de cette dérive expérimentale c’est qu’on a un rapport émotionnel avec la ville. Je l’oublie par moments, mais je le sais très bien. Ma relation avec Paris change, après avoir vécu ici quatre ans j’ai enfin des souvenirs. Je me souviens quand je n’avais pas de souvenirs. C’est ça être étranger, être étranger à soi même, à son histoire, rupture entre l’espace et le temps. L’espace et le temps passé restent comme dans une boule derrière, on a en face de nous un espace sans temps, jusqu’au moment où on s’aperçoit que le temps retrouve l’espace, qu’on a construit quelque chose. Cette dérive m’a confirmé cela, car on est passé par des endroits qui me sont très chers.

C’est là que le concept de psychogéographie apparait. Je pense que la psychogéographie n’est ni ce qui est dans la tête du promeneur (ou dans sa psyché), ni ce que la ville propose elle-même (la géographie), mais un entre-deux, l’interaction, le rapport intime entre des choses vivantes de différente nature -la ville est vivante à sa manière, on l’a pu constater dans cette marche silencieuse. Mais quand je lis la définition que donne Guy Debord en 1955 du concept de psychogéographie comme « l’étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus»[1] je m’interroge sur ma manière d’interpréter ce mot. Il me semble que pour Debord il ne s’agit pas d’interaction mais d’effet, comme si la ville précédait l’homme, comme si une chose venait avant l’autre. D’autre part, cette technique de réappropriation de l’espace se voulait révolutionnaire, c’était un geste politique. Alors je me demande sérieusement si on a fait une dérive situationniste –est-ce qu’on voulait renverser le monde ? est-ce qu’on a construit une situation ?- ou si on a juste fait une promenade. Et si je me pose la question c’est parce que j’aimerais bien qu’un jour on se décide à le faire : renverser le monde… mais qu’est-ce que cela veut dire renverser le monde ?

 


 

[1] Guy Debord, « Introduction à une critique de la géographie urbaine » in Lèvres nues, n° 6, Bruxelles, 1955