-- La figure dans le paysage (Paris 8) » 7e projet LMA: Galerie Légitime

Tatsumi Orimoto, artiste fluxus

Article publié le : Jeudi 11 juin 2009. Rédigé par : Liliane

«Tatsumi Orimoto‘s pictures are closely related to his performances, in which he faces up to the everyday life, the aging and questions related to social communication. The solo exhibition in C/O Berlin shows two different series of photographic works based on his « Bread Man » performances, in which he communicates with people on streets everywhere in the world with numerous loafs of bread bound around his head. At the opening of the exhibition Tatsumi Orimoto presents a performance, which will start in the St. Johannes Evangelist Church in the Auguststrasse and end at C/O Berlin.»… in

http://www.p-arte.com/asianart/a4.html

H.K.’s art institutions – out to lunch?


http://www.hongkonghustle.com/art-design/522/tatsumi-orimoto-bread-man-performance-art-hong-kong-para-site-gallery-hk/

Photos by Tatsumi Orimoto
Bread Man Son and Alzheimer Mama
,
Art Mama (In the Big Box
), 1997

http://jarrodturner.com/blog/?p=175

Fluxus_Bibliographie

Article publié le : Jeudi 11 juin 2009. Rédigé par : Liliane


ci-dessus, Hors-limites, catalogue


GALERIE LEGITIME ACTE II !

Article publié le : Lundi 8 juin 2009. Rédigé par : Cindy Theodore

Vernissage de la Galerie Légitime ayant eu lieu le dimanche 7 juin 2009 à Paris.

Image de prévisualisation YouTube

Arrivée à la Porte Saint-Martin… j’ai du faire demi-tour pour me rendre à la bonne porte, celle de Saint-Denis. Ce fut le parcours du combattant, car il y avait énormément de pigeons (oiseaux que je n’apprécie guère !). Je me sentais un peu seule…personne à l’horizon ! et puis finalement, j’ai aperçu LT. Quelques temps plus tard, Ben Patterson et Bertrand Clavez ont fait leur entrée. Une fois les présentations d’usage faites, Bertrand à pu commencer son «show»…et moi je me demandais où j’étais tombée ! Au début, je ne comprenais pas vraiment le principe. Il essayait de vendre les boîtes de coulommiers aux personnes du café mais ça ne fonctionnait pas (peut-être à cause du temps?). Je me suis laissée prendre au jeu et j’ai couru au distributeur tirer des sous (parce que, bien sûr, je n’ai jamais de liquide sur moi) pour acheter ma première œuvre d’art: une boîte de coulommiers avec un DVD dedans. En retournant près du café, tout le monde était parti…ou presque. A l’angle d’une rue, un jeune homme attendait les retardataires. Direction: Les Halles au pas de course! wahou! un monsieur de 75 ans nous larguait! Heureusement, ils ont fait une pause-vente-exposition près des escaliers… et Bertrand continuait à vendre des boîtes. Ces boîtes étaient a un prix défiant toute concurrence: 19.99 euros !! et c’est Ben Patterson, en personne, qui vous rendait la monnaie! Nous avons repris la route direction le centre Pompidou (en zappant l’hotel de ville). Malheureusement, nous n’avons pas pu entrer dedans car une personnalité importante avait droit à une visite privée du centre  (Madame Obama). Avec LT, nous avons tenté de la voir …en vain…et de retour sur le point de rencontre…il n’y avait plus personne encore une fois! alala! Nous avons rencontré une professeur de la Sorbonne, qui venait pour la performance et puis un peu plus tard une élève qui rejoignait le groupe aussi. Nous les avons retrouvé dans un café (le Pick Clops). Bertrand a rejoué le rôle de vendeur d’œuvre de d’art, de galeriste. Et, comme à Pompidou, des Anglo-saxons l’ont écouté (gentiment) et puis sont partis! Avant de partir du cafè , il a refait son discours (bien rodé) et un passant, avec son journal Le Monde sous le bras, a acheté une boîte de coulommiers de suite ! Ce devait être quelqu’un de cultivé !!!! Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la Bastille pour aller a Wikiplaza. Bertrand a recommencé pour la énième fois son spitch. Ben, quant à lui, a été un peu en retrait… mais bon, il dégustait le gâteau d’Ophélie, une étudiante…car oui, c’était son anniversaire ce jour là !!! après cela, direction Arslonga pour une autre conférence. Nos chemins se sont quittés à ce moment-là. Personnellement, un event qui dure 12h c’est très long pour des jeunes alors pour une personne de 75 ans! enfin je lui tire mon chapeau à ce personnage … enfin, à ces personnages sortis tout droit d’une autre dimension.

cindy théodore

Fluxus as understood by Joseph Beuys

Article publié le : Lundi 1 juin 2009. Rédigé par : Nicolas Vargelis


Nicolas Vargelis

Fluxus as understood by George Maciunas and Robert Filliou: Manifestes, Citations, et Images

Article publié le : Lundi 1 juin 2009. Rédigé par : Nicolas Vargelis

“Fluxus is not an art movement, it is a way of doing things. A group of people/ collection of objects or an idea and potential for social change. Or was Fluxus a laboratory of George Maciunas?”
-Friedman, Ken. The Fluxus Reader. West Susses: Academy Editions, 1999.

“It is often said that Fluxus exerts profound influence on contemporary artists (…)  Fluxus has done much more than this. (…) Fluxus has, in fact, established the general frame of contemporary art. Fluxus did this by reshaping the paradigm within which art is made in Thomas Kuhn’s sense of the term paradigm. Rather than exerting a visible influence on artists, Fluxus forms the invisible background to much contemporary art. As a result, young artists are generally unaware of Fluxus and its achievements even though they create works that are strongly inspired by it.”
-Clavez, Bertrand.  Fluxus- Reference or paradigm for young contemporary artists?  29:3, 2005.

“….Les buts de Fluxus sont sociaux (pas esthétiques) …. et sont concernés par: une élimination progressive des beaux-arts… ceci est motivé par le désir de stopper les ressources matérielles et humaines…. pour les convertir en des fins socialement constructives.  Comme le serait les arts appliqués… Ainsi Fluxus est complètement opposé à l’objet d’art comme marchandise non fonctionnelle… Fluxus est donc ANTI-PROFESSIONNEL.
Deuxièmement, Fluxus est contre l’art comme médium ou véhicule promouvant l’ego de l’artiste, puisque les arts appliqués doivent exprimer un problème objectif à résoudre et non la personnalité de l’artiste… Fluxus devrait ainsi tendre vers un esprit collectif, l’anonymat et l’ANTI-INDIVIDUALISME….”
-George Maciunas

« La force poétique de Fluxus est d’être comme la vie: rapide, lent, drôle, monotone, pénible, surprenant, intéressant.  Sur scène, les actions prennent en compte le temps et la durée.  Elles jouent avec le choc, avec l’immobilité, avec l’attente, l’impatience et la déception des spectateurs. »
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006, p 85.

« PURGE the world of bourgeois sickness, ‘intellectual’, professional and commercialized culture, PUREG the world of dead art, imitation, artificial art, abstract art, illusionistic art, mathematical art,  PURGE THE WORLD OF « EUROPEANISM! »…… PROMOTE A REVOLUTIONARY FLOOD AND TIDE IN ART, Promote living art, anti art, promote NON-ART REALITY to be grasped by all peoples, not only critics, dilettantes and professionals…… FUSE the cadres of cultural, social and political revolutionaries into united front and action. »
-George Maciunas “Fluxus Manifesto”

Maciunas on “collectivism” and Fluxus:
« ….such a front must constantly be purged of saboteurs and ‘deviationists’ just like the communist party.  communists would have long split into 1000 parts of they did not carry out the strict purges.  It was the purge or FLUX that kept them united and monolithic.”
-George Maciunas

Fluxus et la politique:
“dénonciation et agitation contre:
la guerre au Vietnam
l’agression US vis a vis de Cuba
les essai nucléaires
la ségrégation racial et la discrimination
En générale: association avec des actions et des activités sociales positives, jamais avec des activités anti-sociales, terroristes telles que les actions de sabotage proposées dans la lettre d’information no. 6.”
-George Maciunas, “Fluxus, lettre d’information no. 7, 1er mai 1963, dernier jour APO.”

« …. (le néo-dada) s’étend des arts « temporels » aux arts « spatiaux » ; ou plus précisément passant des arts littéraires (art temporel) à la littérature graphique (art spatio-temporel) jusqu’aux arts graphiques (art de l’espace), continuant de la musique graphique (art du temps-espace) à la musique non écrite ou sans partition (art temporel), et de la musique théâtralisée (art d l’espace-temps) aux environnements (arts de l’espace).
(…)
Ainsi, la contribution première de l’artiste véritablement concert consiste dans l’invention non d’une forme ou d’une structure, mais d’un concept ou d’une méthode par lesquels la forme pourra être réalisée indépendamment de lui.  Comme pour une solution mathématise, une telle composition est belle par sa méthode seule.
(…)
Les nouvelles activités des artistes peuvent par conséquent être positionnées en fonction de deux axes: l’horizontal définissant la transition des arts du « temps » aux arts d « l’espace » et revenant aux « temps » et « espace » etc, le vertical définissant la transition entre l’art le plus artificiel, illusionniste, l’art abstrait (dont il n’est pas question dans cet essai), le concrétisme mitigé, qui devient de plus en plus concret, ou plutôt non artificiel à mesure qu’il devient non-art, réalité.”
-Maciunas, George. Neo dada in der Musik, Theater, Dichtung und Kunst op. cit.

« qui décide de la légitimité d’un artiste?  Pour se sentir légitime, l’artiste doit être validé.  Bon! Mais par qui?  (…..) Par quelle société, par quel club, par quelle institution, par quel tribunal et composé de quels juges? »
-Robert Filliou

« En tout cas, au regard de la profession, l’artiste Robert Filliou qui n’est pas reconnu que par un tout petit nombre des ses pairs, est en quelque sorte illégitime.  Alors, comme il se trouve en dehors de tout circuit commercial d’expositions, Filliou a cette idée simple d’être son propre lieu d’exposition.  Et, comme il travaille du chapeau, il installe sa galerie à l’intérieur de sa casquette et l’appelle la Galerie Légitime……  Filliou a cette notion de l’art populaire, qui se tient au niveau de la rue. »
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006, p 71.

Pour Filliou, « autrisme » faire avec les autres devient forcément faire autre chose avec les autres. car avec d’autres, si on est à l’écoute, c’est toujours autre chose que l’on fait.  et c’est justement cet autre qui intéresse Filliou.  in en concevra même une théorie: qu’il appellera autrisme.
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006, p 54.

« Robert Filliou, qui par nature, n’appartient à aucun groupe et qui refuse toute allégeance à quel qu’autorité que ce soit, ne peut pourtant que se reconnaître dans Fluxus.  Plusieurs de ses membres sont déjà ses amis, et pour Filliou, ce mouvement fait partie du réseau des rencontres, des connivences, des complicités. »
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006, p 89.

Filliou à écrit: « Fluxus est juste un mot.  Je ne suis pas membre d’un mot.  Membre est un mot.  Je ne suis pas un membre.  Je ne suis pas un mot.  Je ne suis pas ‘je suis’.  Je ne suis pas ‘je ne suis pas’. »
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006.

L’art est pour qui?  Filliou répond: « L’art est trop important pour que nous l’abandonnions aux spécialistes », lui qui ne cesse de répéter « Un jour l’art devra retourner vers ceux à qui il appartient:  l’humanité tout entière, les enfants, les femmes et les hommes. »
-Tilman, Pierre.  Robert Filliou nationalité poète.  Dijon-Quetigny: les presses du réel, 2006, p 100.

Nicolas Vargelis

Megalomania and the status quo, or a new paradigm in art and identity, a response to two Fluxus artists: George Maciunas and Robert Filliou

Article publié le : Dimanche 31 mai 2009. Rédigé par : Nicolas Vargelis

In reading about George Maciunas and Robert Filliou, my mind is not drawn towards art, or culture or even politics, but more psychology and my own personal encounters with megalomania mixed with utopia.  The obsession of control, the need for power, the naive utopia schemes.  I first think of my grandmother, who immigrated to the USA from Greece in 1929, suffered through the Great Depression, and with my grandfather (a quiet stoic man who shard little of his thoughts with others) worked hard and late in life became a wealthy land and business owner.   After my grandfather died, my grandmother did everything she could to be heard, take up space and show her power.  She purposefully made bad business decisions that lots great sums of money just to prove to the family that she was truly in control of the businesses she owned.  She also was arrested several times for provoking, harassing and blocking the neighboring business over petty disputes such as discrepancies of mere centimeters in adjacent property boundaries.

Later in life, while I was living in Boston, USA, I became part of an artists collective that had strikingly similar utopia based and communal ideas with Maciunas.  The collective was the brainchild of artist Lydia Eccles, whom at one point had a vision of a self sustainable artists community in the midst of an urban landscape.  She raised tens of thousands of dollars to renovate an old industrial building to build an art gallery, performance space, industrial kitchen and live-in/ work-in studio-lofts for artists.  Here, the « grandeur » was expressed in the elevated role of the artist in society and the separatist monastery like getaway in the middle of the city.  Sadly this utopic projected failed due to external circumstances rooted with the property owner and the safety inspection department of the city government.

After leaving Boston, I lived in a squat in Berlin, Germany where again I was part of a utopic project.  Here I became very disillusioned with the excess of authoritarian attitudes that were contradictory with the anarchist/ autonomous left political identities of the people I lived with.  Again an elevated sense of purpose vis-a-vis the public and surrounding neighborhood.  Certain people in the squat were very good at speaking and expressing their ideas, and so these people often dominated meetings and the public image of the squat.  Filliou is considered to have been a « natural orator » and well skilled in the art of conversation.  Yet, he also tended to go into monologues and speaking for him was a sort of performance.  Although he had a precise and transparent vocabulary, I still suspect that he was a great manipulator of words in the bad sense of the term.

In examining the lives of Maciunas and Filliou I am perplexed by their relation to the status quo and their backgrounds of both coming from very privileged and powerful social positions (Maciunas and his bourgeois family and Filliou and his high paying job working for the US government and the United Nations).  I am tempted to label them both the « deviant child of the bourgeoisie » but Filliou comes from a less socially advantaged family.  Eventually  Filliou rejected his newly achieved social status and became a penniless writer, whereas Maciunas continued to work professionally while also building his vision of Fluxus.  Influenced by his very dysfunctional relationship with his mother, Maciunas seemed unable to detach himself socially from his bourgeois status despite his political dogmas as expressed through Fluxus.

Recently, I saw a theatrical project at the « 40 ans de Paris8 festival » that attempted to explain the functioning of economics, and according to their research, just the idea of « economics » is a relatively new idea less than 250 years old.   Prior to our modern understanding of economics, people were born into a certain class and profession.  For example, if your father was a butcher or a farmer or a tailor then you would grow up to be a butcher or a farmer or a tailor.  There was no possibility of upward mobility vis-a vis class and social status.  But with modern economics a child can dream of a new profession foreign to his family and can become rich even if their family is poor.  Both Maciunas and Filliou are the « exotic products » economics.  Filliou studied economics and briefly had a successful career but after working in Japan and South Korea, he left his field of expertise and turned to the penniless life of a writer.  Maciunas worked in design and architecture and used his own money and his families’ money to fund various Fluxus projects.

Also, despite what Maciunas proclaimed in the Fluxus manifesto of « anti European art, » Fluxus remained a European/ Western group, with the exception of Japan.  And even Japan, I wonder what was the connection?  Was it linked to Filliou’s residency there in the early 1950′s?  Also Wiesbaden, Germany often comes up as city with lots of Fluxus activity.  Is this because of Maciunas having been positioned there via his job for the US military?  The fluxus network of the 1960′s and 70′s, was it formed through exclusive connections, or was it more democratic and accessible to anyone?  Additionally I find perplexing that Fluxus, while rejecting the « normal » artistic landscape very much needed to be accepted by it.    I feel this rejection was ironically a thinly masked desire.  The vast amount of production and the acts of « art terrorism » as described by Maciunas suggest a desperate need to be acknowledged by the art world.

« Once the task of the artist was to make good art; now it is to avoid making art of any kind. » -Allan Kaprow

Bibliography:
Clavez, Bertrand.  George Maciunas, une révolution furtive.  les presses du réel, 2009
Tilman, Pierre.  Robert Filliou, nationalité poète.  les presses du réel, 2006.

Nicolas Vargelis

7e projet LMA. La Galerie Légitime Re-enactment, 7 juin 2009

Article publié le : Vendredi 29 mai 2009. Rédigé par : Liliane

Le projet La Galerie Légitime Re-enactment, réalisé le 7 juin, dans le cadre de Futur en Seine, http://wikiplaza.org sera la reprise de La Galerie Légitime ( 3 juillet 1962) de Robert Filliou et Ben Patterson,  sous la forme d’une flânerie-vernissage d’exposition de Ben Patterson de 12 heures, avec l’artiste lui-même et Bertrand Clavez, (dans le rôle de Robert Filliou), dans les rues de Paris. Le projet est en cours de travail avec Ben Patterson, Bertrand Clavez, Lalya Gaye, http://www.daonk.org/tamabi05, http://www.daonk.org/category/ppl/lalya/, l’atelier Locative Media Art de Paris 8 et la Galerie Ars Longa, http://www.arslonga.fr/

La Galerie Légitime (3 juillet 1962)

Rey-Hong Lin, Galerie légitime, vidéo, 2009. 15 mai 2009. Nous sommes à Romainville, dans le salon de Bertrand Clavez, historien d’art, spécialiste du mouvement Fluxus et ami de Ben Patterson. L’entretien consacré à la Galerie Légitime et à l’œuvre de Ben Patterson, durera plus de deux heures. 1er chapitre: La Galerie Légitime.

En 1962, Robert Filliou fonde la Galerie Légitime, une galerie de rue mobile sous forme de casquette portant le tampon «Galerie Légitime  — couvre-chef (s)-d’œuvres». Le 3 juillet 1962, Filliou promène, déposées dans la casquette, les œuvres miniatures de Ben Patterson, en compagnie de l’artiste, pour les présenter aux passants tout au long d’un périple dans Paris dessiné par Ben. Le parcours de l’exposition dans les rues de Paris dura 24 heures, de la Porte Saint-Denis à la Galerie Girardon, boulevard Pasteur, avec un programme d’events Fluxus.

Carte du parcours d’exposition (vernissage) de la Galerie Légitime avec des objets de Benjamin Patterson Paris, le 3 juillet 1962. «C’est Ben Patterson qui a dessiné le plan, George Maciunas a simplement rajouté Fluxus Sneak Preview et l’a imprimé à Wiesbaden car il avait de bons prix chez  les imprimeurs.» BC

La Galerie Légitime Re-enactment, 7 juin 2009

Carte du parcours prévu le dimanche 7 juin 2009, avec Ben Patterson et Bertrand Clavez dans le rôle de Robert Filliou, des étudiants de Paris 8 de l’atelier Locative Media Art, Master art contemporain et nouveaux médias de Paris 8, et avec la collaboration de la Galerie Ars Longa. Ce nouveau périple parisien durera 12 heures. Proposition de bars sur le trajet par Nicolas: http://www.arpla.fr/canal2/figureblog/?p=3323


Ben Patterson, 2009

Le parcours du 7 juin

10h 00 > Porte Saint-denis
10h 30 > Les Halles
11h 00 > Hôtel de ville
11h 30 > Beaubourg
12h 00 > Place de la Bastille
14h 00 > Ars Longa – Intervention de Bertrand Clavez (20min)
16h 00 > Père Lachaise
17h 30 > Café Le Zorba
18h 00 > Place de la République
18h 30 > Saint-Germain-des-prés
19h 00 > Saint-Sulpice
19h 30 > Chez Georges, rue des canettes
20h 00 > Luxembourg
20h 30 > Panthéon
21h 00 > Les Cinq Billards, place de la Contrescarpe
22h 00 > La Coupole

La performance de la Galerie Légitime sera ouverte à tous, il sera possible à tout moment de la rejoindre physiquement grâce à la retransmission en direct du trajet GPS s’inscrivant sur le site Internet : map.wikiplaza.org.
Des éléments de tecnosuits réalisés dans le workshop de Lalya Gaye, dans la galerie Ars Longa, le vendredi 5 juin, seront utilisés dans la performance (caméras et micros cousus dans les vêtements des performeurs).
http://www.arslonga.fr/archives/1178.
Eléments sur le travail de Lalya Gaye, dans la session Pervasive Art, dans le colloque Mobilisable, Ensad, novembre 2008, où est intervenue Lalya Gaye, http://www.mobilisable.net/2008/?page_id=5



Liens


Bertrand Clavez

http://sites.google.com/site/bertrandclavez/

Exposition et performances au CAC de Brétigny
Cornelius Cardew et la liberté de l’écoute
http://www.cacbretigny.com/
Ben Patterson était très lié à Cardew quand ils étaient tous les deux à Cologne en 1961. Ils ont fait de la musique ensemble et ont participé aux mêmes événements. Cardew était alors au studio de Radio Cologne de Stockhausen (avec Paik, Kagel et Nono) tandis que Ben avait déjà touché à l’électronique en 57/58 dans un studio canadien alors qu’il était première contrebasse du Philharmonique d’Ottawa. BC

Performing the City:actions et performances artistiques
dans l’espace public 1960 – 1980
à l’INHA

http://www.inha.fr/spip.php?article2581

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Archive vidéo

mercredi 13 octobre 2004, à l’invitation d’Ivan Lapeyroux, Ben Patterson et Bertrand Clavez réalisèrent l’event Tour*, avec des étudiants en arts de Paris 8, dans les couloirs de l’université…

*Tour (New York, avril 1963):
«Des personnes sont invitées à se rencontrer à une heure et dans un lieu pour commencer un tour. Après que les méthodes et conditions générales du tour aient été expliquées, on bande les yeux des participants par un moyen ou par un autre, et on les conduit dans un quartier ou des quartiers selon le choix des guides. La durée est supérieure à 45 minutes. On doit disposer de guides responsables et en nombre suffisant.»

L’event Tour à Paris 8, 2004
© Jean Tan et Daniel Sciboz pour GPSmovies1

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Bibliographie

A propos de la Galerie Légitime de 1962, galerie de rue mobile, Bertrand, dans notre entretien de Romainville du 15 mai 2009, a repris la référence du flâneur analysée par Walter Benjamin notamment dans «Baudelaire ou les rues de Paris»* et  qui ferait de Filliou et Patterson des flâneurs au seuil du marché de l’art. En contrepoint de cela, l’analyse de Francisco Naishtat : «Les traces de la psychanalyse dans la théorie de la connaissance historique» reprise aussi de Walter Benjamin http://www.arpla.fr/canal2/figureblog/?p=638, décrit un flâneur-artiste appréhendant profondément, dans sa déambulation dans les passages parisiens, un inconscient micro-collectif social, utopique, ponctuel, soudain, dans lequel il s’insère, sur le mode de la mémoire involontaire proustienne des pavés de Venise: ainsi Filliou et Patterson dans leur déambulation de 1962, sont des sortes d’analysants en mouvement, qui, dans le temps même de leur flânerie, entrent  en conversation avec des passants-patients puis leur proposent d’acheter ces micro-objets d’art transitionnels, comme de petits monuments (comme des petites Tour Eiffel) de ces moments uniques d’appropriation commune de cet inconscient social collectif dans le temps restreint de leur conversation ou d’un event avec Ben et Robert.

*«Baudelaire ou les rues de Paris» in  Walter Benjamin. œuvres III. Folio essais, pp. 58-59.
«Le génie de Baudelaire, nourri de mélancolie, est un génie allégorique. Avec Baudelaire, Paris devient pour la première fois un objet de poésie lyrique. Cette poésie n’est pas un art local, le regard que l’allégoriste pose sur la ville est au contraire le regard d’un dépaysé. C’est le regard du flâneur, dont le mode de vie couvre d’un éclat apaisant la désolation à laquelle sera bientôt voué l’habitant des grandes villes. Le flâneur se tient encore sur le seuil, celui de la grande ville comme celui de la classe bourgeoise. Aucune des deux ne l’a encore subjugué. Il n’est chez lui ni dans l’une ni dans l’autre. Il se cherche un asile dans la foule. On trouve chez Engels et chez Poe les premières contributions à une physiognomonie de la foule. Celle-ci est le voile à travers lequel la ville familière apparaît fantasmagorie et fait signe au flâneur. Ainsi travestie, elle est tantôt un paysage, tantôt une chambre. Le grand magasin, exploitant l’un et l’autre de ces thèmes, met à contribution la flânerie elle-même. Le grand magasin est le dernier trottoir du flâneur.
Dans la personne du flâneur, l’intelligence va au marché. Pour en contempler le spectacle, croit-elle, mais, en vérité — pour y trouver un acheteur. A ce stade intermédiaire où elle a encore des mécènes, mais déjà commence à se familiariser avec le marché, elle se présente comme bohème. Au flou de sa situation économique correspond le flou de sa fonction politique. Laquelle apparaît de la façon la plus visible chez les conspirateurs professionnels, qui tous viennent de la bohème. Leur premier champ d’action est l’armée, puis la petite bourgeoisie, occasionnellement le prolétariat. C’est pourtant parmi les véritables chefs du prolétariat que cette couche sociale trouve ses adversaires. Le Manifeste communiste met fin à leur existence politique. La poésie de Baudelaire tire sa force du pathos de la rébellion que cultivent ces groupes. Il se range du côté des asociaux. Il ne connaîtra de communauté sexuelle qu’avec une prostituée.»

Les events Fluxus, «purement textuels en direction des objets»

George Brecht
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=8&menu=

Fluxus dixit, une anthologie Vol.1 par Nicolas Feuillie, les presses du réel, 2002,
p. 17:
«C’est dans ces boîtes [l'édition des boîtes est un versant des activités de Fluxus à partir de 1966] que s’incarne mieux l’humour dérisoire que George Maciunas assignait à Fluxus comme ‘art-distraction’: ’simple, amusant, sans prétention, traitant de choses insignifiantes, ne réquérant aucune habileté ou répétitions sans fin, n’ayant aucune valeur commerciale ou institutionnelle.» Filliou l’a précédé sur ce point, avec la Galerie Légitime, en continuité ou en porte-à-faux avec la Boîte en valise de Duchamp?

pp. 17-18:
«Henry Flynt, invente le “concept art” en 1960, “un art où les ‘concepts’ forment le matériau”.[en note de bas de page on lit] «Le texte qui expose le “concept art” (figurant dans An Anthology), antérieur de cinq ans à l’apparition de l’art conceptuel, témoigne d’une intuition géniale de son auteur, qui cependant n’a jamais été remercié. Henry Flint a refusé que l’on présente une traduction intégrale de son texte dans le contexte d’un ouvrage sur Fluxus. Le lecteur en trouvera un résumé en français dans Art conceptuel/Formes conceptuelles, Galerie 1900-2000.

p.74: [une chaise de Charles Eames]
(Entretien avec George Maciunas, Larry Miller, 24 mars 1978
«Si on tire une expérience artistique de la composition de Brecht, allumant et éteignant la lumière tous les soirs ou tous les matins, tout le monde est [artiste], tu vois? [...] Si on peut retirer une expérience de la vie quotidienne, des ready-made quotidiens, si on peut remplacer l’expérience artistique par cela, alors on élimine complètement le besoin d’artistes. Tout ce que j’ajouterais et je dirais, eh bien, c’est qu’il serait encore mieux d’obtenir une expérience artistique d’une chaise de Charles Eames, disons. Ainsi on a une bonne chaise sur laquelle on peut s’asseoir, plus une expérience artistique quand on s’assoit. On fait d’une pierre deux coups et on n’a toujours pas besoin d’artistes, mais on a besoin de quelqu’un comme Charles Eames, ah, ah.»

Iconographie


George Brecht, Chair Events, (realisiert durch René Block in Sydney 1990). 1969
Sammlung René Block, Leihgabe im Neuen Museum in Nürnberg

«Anyone with one of my scores for a chair-or ladder event can find, or realize, such an event privately. No problem. If such an event is realized in public, it should be titled and/or announced as “A George Brecht ‘Chair Event’, realized by (name of the person who realized it).” If you feel you require ‘authorization’ for the event, then send me two color photos of the work, 20×25 cm, I will then send one photo back to you, with, on the back, my signed ‘authorisation’.» George brecht an René Block

«La performance à l’ère de son re-enactment»
Art Press, trimestriel n°7, Performances contemporaines,
Christophe Kihm, pp. 21-29

La Galerie Légitime proposition de bars

Article publié le : Lundi 25 mai 2009. Rédigé par : Nicolas Vargelis

Pour faire le Re-enactment de la Galerie Légitime, il faut passer dans plusieurs bars à Paris.  Pour ce parcours, je propose les suivants:

Le Zorba 

137, Rue Fbg du Temple, belleville, 01 42 39 68 68

OPENS AT 5h00!  (closed from 2h00 to 5hoo)

When I passed by during the daytime, it was very much a proletariat, working class, immigrant, neighborhood bar, and in the evening its the same with some artists and the occasional BoBo.

« A bit of le vrai Belleville here, the Zorba—right off the intersection of the 10th, 11th, 19th, and 20th—is the all-day drinking den for every local type: old blue-collar French, crunchy young artists, bearded bobos, slumming yupsters and middle-aged Moroccans. Defiantly dirty, dressed in red and orange neon, zinc wiped with a sour rag.

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Bar International (a.k.a. Le 10)

10 rue de l’Odéon, 75006, 01.43.26.66.83, Luxembourg/Odéon, open sunday afternoons

Lots of sutdents, amazing vaulted cave downstairs with supurb atmosphere.  If we go, we should call ahead, because the cave is only open later at night and if we are many people it would be nice to go down into the cave.


Chez Jeannette

47 rue du Fbg Saint-Denis, 75010 Paris, 01.47.70.30.89; opens at 9h00 on Sundays

not as mixed as Zorba, more BoBos, but still very nice.


Polit Buro

25 Rue Roi de Sicile; le marais; not open before 16h on Sunday!

(Nice indie rock/ electro clash and very trashy bar in the marais, free of tourists and fashionistas and reminiscient of a Berlin squat bar in the 1990′s)

 

Le Pick-Clops

16, rue Vielle Du Temple, 75004, Metro: Hôtel de Ville, 01 40 29 02 18

An alternative to Polit Buro, just across the street from Polit Buro, this bar opens at 8h00 in the morning and is more expensive, more BoBo, but open in the morning….  also its very BoBo gai-lesbienne (et vegan!).

 

 

 

 

bars on rue coquillère closed on Sunday!

rue coquillière; les halles


and also « Art Brut » bar next to Beaubourg opens at 16h…. or later?  (lots of artists and intellectuals plus the usual roundup of BoBos and hipsters.)

78, Rue Quincampoix
75003 Paris, France
+33 1 42 72 17 36

Nicolas Vargelis

Excerpt from Fluxus Manifesto

Article publié le : Mardi 12 mai 2009. Rédigé par : Nicolas Vargelis

« PURGE the world of bourgeois sickness, ‘intellectual’, professional and commercialized culture, PUREG the world of dead art, imitation, artificial art, abstract art, illusionistic art, mathematical art,  PURGE THE WORLD OF « EUROPEANISM! »…… PROMOTE A REVOLUTIONARY FLOOD AND TIDE IN ART, Promote living art, anti art, promote NON-ART REALITY to be grasped by all peoples, not only critics, dilettantes and professionals…… FUSE the cadres of cultural, social and political revolutionaires into united front and action. »

-george maciunas « fluxus manifesto »

Nicolas Vargelis

Le programme du programme, Robert Filliou

Article publié le : Lundi 27 avril 2009. Rédigé par : Corinne Laurent

En vue de la performance de Ben Patterson (né en 1934, américain) qui aura lieu le 7 juin 2009 en collaboration avec notre équipe LMA dans le cadre de Futur en Seine, je vous propose ici ma tentative de comprendre Fluxus à travers une œuvre de Robert Filliou (1923-1987, français). Robert Filliou et Ben Patterson le 3 juillet 1962 performent la Galerie Légitime,  ce que va réaliser de nouveau en juin Ben Patterson mais accompagnée des nouveaux médias, notamment de «wearable». Robert Filliou décrit cette performance dans le livre Enseigner et apprendre, les arts vivants ainsi:

«En 1962, je parcourais les rues de Paris en compagnie de Benjamin Patterson, proposant aux passants des petites œuvres d’art faites par lui que je portais dans mon chapeau baptisé Galerie Légitime [couvre-chef d'œuvre].»

Il accompagne cette explication de la carte de déplacement des deux artistes qui fut la maquette de l’invitation à cette «exposition».

La Galerie Légitime

Deux observations apparaissent. D’abord, le texte détaille une somme d’actions dans un certain ordre: «parcourais», «proposant», «faites par», «portais», «baptisé». Ensuite la carte rend visibles ces actions par des points horaires et géolocalisés (lieux de rendez-vous) et des traits les rejoignant créant l’idée d’un mouvement dans sa durée. De fait, la Galerie Légitime est une œuvre participative lors de laquelle les personnes invitées qui répondent à l’appel se mettent en action :  «se rendre à un point de rendez-vous et suivre le parcours». Elles sont co-auteurs de l’œuvre au même titre que les passants à qui sera offerte une petite œuvre d’art. Le passant devient une donnée, variable certes, du programme de l’œuvre.

Et cette analyse rapide rejoint la conception de l’art de Robert Filliou qu’il décrit et met en pratique dans son livre Enseigner et apprendre, Arts Vivants par Robert Filliou et le lecteur, s’il le désire avec la participation de John Cage, Benjamin Patterson, Allen Kaprow, Marcelle Filliou, Vera Bjössi, Karl Rot, Dorothy Iannone, Diter Rot, Joseph Beuys. Ce livre est une compilation de textes et d’interviews écrits par Robert Filliou entre 1968 et 1970, édité en anglais en 1970 et traduit en français et ré-édité en 1998 soit 10 ans après le décès de Robert Filliou.

Enseigner et apprendre, arts vivants

L’ensemble du livre est complété par une grande série d’exercices offerts aux lecteurs et Robert Filliou définit cet ensemble comme un «multilivre» (p. 7). Spontanément, le terme renvoie aux œuvres multimédias et interactives comme œuvres d’art contemporaines et participatives. L’artiste pense en programmation avec variables avant même l’introduction de l’informatique dans nos usages courants. Dès l’introduction, Robert Filliou renverse les codes d’écritures traditionnelles et nous invite à penser autrement la chronologie ou les dialogues. Il narre sa vie sous forme d’une histoire dont la chronologie boucle sur elle-même comme un «loop» en langage informatique et cela de façon imperceptible.

Racontant un dialogue qu’il a eu avec son grand-père qui voulait lui apprendre l’anglais (p8), il écrit déjà sous forme de script programmatique :

«Si quelqu’un te demande : do you speak English? Tu réponds par yes ou par no. Si tu dis yes ça veut dire que tu parles anglais, si tu dis no, ça veut dire que tu ne le parles pas.»

Ce script vient comme base générale de nombre d’œuvres interactives contemporaines: «s’il y a un signal, cela engendre ceci, sinon, cela n’engendre rien». En d’autres termes si l’interacteur agit sur le module interactif, l’œuvre réagit, sinon, rien ne se passe. Je propose alors une pièce : le programme du programme, hommage à Robert Filliou que vous pouvez expérimenter ici. (tapez votre réponse)

Les exercices proposés dans le multilivre sont donc autant de scripts d’instructions comme des programmes que chacun peut jouer et générer. D’une certaine manière, cette idée était proposée dans l’atelier K.OD. animé par Alexis Chazard chez Ars Longa lors de Upgrade Economie 0 (février 2008) lors duquel nous avons écrit des programmes à jouer/performer par des personnes du public qui souhaitaient participer. En cela les œuvres collaboratives et participatives proposés par Robert Filliou et d’autres artistes Fluxus sont en partage, soit publiées et jouables autant de fois que désirées. Nous retrouvons l’esprit open-source des logiciels et programmes d’aujourd’hui. Finalement de Fluxus aux artistes contemporains (qui pratiquent cette ouverture) cela intervient comme une critique puissante du statut d’œuvre d’art, de son institutionnalisation et de sa commercialisation jusqu’à l’idée de propriétaire.

En effet Robert Filliou nous dit: «cette étude traite de la création permanente et de la participation du public» (p. 7) car, pour lui, il n’y a pas que les artistes qui peuvent créer, chacun portant en soi un potentiel de création. L’artiste vient alors comme pédagogue d’où la somme d’exercices proposés. De fait l’auteur est le «co-auteur de chaque lecteur qui le souhaite» (p. 7) et qui devient co-auteur à son tour.

Ces exercices sont aussi des arts vivants car ils se jouent en temps réel, ils se performent. D’ailleurs Robert Filliou nous dit que «même écrire est un art vivant» (p.15) car écrire est une performance, une action qui se joue et se crée à l’instant tout en se déroulant sur une durée donnée. Par extension, il pense que «la vie devrait être (devenir) essentiellement poétique» (p. 15). Chacun possède son potentiel de création et peut devenir le créateur de sa vie. En effet, les artistes Fluxus (Fluxus Dixit, Nicolas Feuillie) rapprochent l’art et la vie et abolissent les frontières entre les différentes formes artistiques (plastique, théâtre et danse) que Robert Filliou englobe sous le terme «arts vivants». Il préconise enfin qu’une ouverture doit se faire au monde environnant notamment le milieu des avancées techniques et scientifiques.

Par ailleurs, il décrit le post-modernisme ainsi:

«Depuis la fin de la première guerre mondiale, l’invention a eu tendance à se substituer à la composition comme critères d’excellence dans les milieux d’avant-garde.» (p. 12)

Il cite les Ready-made de Marcel Duchamp, les Monochromes d’Yves Klein, le Silence de John Cage, la Found Poetry de John Giorno et Ronald Grosse et la vidéo Sleep d’Andy Warhol. Alors l’ouverture au monde technique et scientifique, une vie en devenir poétique et l’invention rapprochent la théorie de Robert Filliou de la théorie de la tecknê de Platon par la poïesis, soit l’action de créer à partir de la matière même du milieu en donnant jour à une nouvelle œuvre issue de l’invention de l’artisan par la technique et se détachant des œuvres naturelles ou d’une imitation de la nature par la composition.

J’entends cela également quand il nous parle de «la révolte des Médiocres» (p. 12) qui pourraient être les artisans de leur vie en regard des académiciens. Il surenchérit même son impertinence politique et poétique:

«Les seuls adultes qui s’efforcent d’obtenir autant de loisirs que possible et de les exploiter avec autant d’imagination que possible, ce sont les artistes.» (p. 21)

Pour terminer enfin, l’art de Robert Filliou comme celui de Fluxus pourrait se résumer dans cette phrase de l’artiste: «l’art est un processus» (p. 24). Le processus est un mot latin qui signifie «progrès» et il désigne un ensemble de phénomènes conçus comme actifs et organisés dans le temps, c’est un développement, un mécanisme en marche. Ainsi se comprennent les performances Fluxus comme les exercices proposés par Robert Filliou.

La Galerie Légitime en est l’exemple au sens propre comme figuré puisqu’une somme d’actions apparentées à des phénomènes ou des événements agencés dans un certain ordre se déroulent en marchant, en progressant dans Paris et ce dans des temps donnés. Le processus désigne également une façon de procéder impliquant un ordre dans le déroulement des phénomènes/événements: cela fait songer à la mise en place des dispositifs permettant aux œuvres multimédias et interactives de proposer une interface au co-auteur.

La traduction anglaise de processus, process, se charge encore de sens. Dans certains cas, le terme pourrait se traduire par être en train de faire quelque chose. Mais se retrouve aussi dans process, l’idée de traiter et transformer la matière par la technique. Avec le changement de milieu se déplaçant vers le monde informatique, la tecknê pourrait se concentrer sur la transformation de l’information pour mieux appréhender notre univers. Mais pour ce faire, nous avons besoin de pédagogues et les artistes peuvent jouer ce rôle, d’ailleurs Ben Patterson lui-même publia un livre traitant en partie de ce sujet en 1962 : Methods and Process et anima des ateliers.

Par extension découle le mot processing signifiant traitement, transformation d’une matière première mais c’est aussi le nom d’une interface de programmation open-source crée par Casey Reas et Ben Fry (deux artistes américains) destinée aux artistes qui souhaitent se libérer des contraintes des éditeurs commerciaux de logiciels (la pièce que je propose ici est conçue avec ce code informatique). Avec Processing comme avec Fluxus, une certaine idée de la liberté fait jour: chacun porte en soi un potentiel créatif alimenté par son imagination qui ne doit pas être bridé pour des raisons monétaires ou politiques. Et un homme ou une femme qui libère ainsi ses potentiels engendre ce même phénomène chez les autres par le simple processus de la communication intra-humaine.

Enfin, process renvoie au fait de défiler, à la procession et ce dernier mot a la même racine latine que processus dans l’idée de se dérouler comme une performance et un programme se déroulent. D’ailleurs, la Galerie Légitime pourrait prendre des allures de procession. Donc l’œuvre procède d’un processus, elle émane de lui d’où cette remise en question: qu’est-ce qui fait œuvre? Est-ce l’objet exposé ou est-ce le processus duquel elle procède et qui est reproductible par les co-auteurs qui peuvent être des passants ou des personnes du public?

Et si l’art n’était qu’un flux? Un flux d’informations, d’actions, d’événements qui suivent un processus? Un flux aussi inaltérable que le processus du temps? Fluxus, en effet, est le mot latin pour flux et signifie «écoulement».